Je me rappellerai toujours de ce moment où l’année dernière, lors de la projection du film TEDDY au festival de Deauville 2020, le logo de The Jokers Films fut applaudi dès le début du long-métrage. Ce fut surtout un signe de respect par les spectateurs. Cette société de distribution et de production de films a toujours mis en avant le cinéma de genre, celui qui est réclamé par le public français, les aficionados. Lors de l’édition 2021 du festival, une séance nocturne comme celle de TEDDY une année auparavant a eu lieu. Ainsi, Jokers Films revient avec un nouveau film fantastique prévu pour 2022. Une image, une affiche et un titre et déjà un long-métrage attrayant. On pouvait avoir toutes les attentes pour cet Ogre, si évocateur mais également si effrayant. Ogre d’Arnaud Malherbe, le faux pas des Jokers ?

T’es paumé ? Moi aussi.

Fuyant un passé fragile et douloureux, Chloé (la sublime Ana Girardot) et Jules (le paumé Giovanni Pucci) décident de changer de vie et d’habiter au fin fond de la campagne, dans un village. Les villageois, heureux de voir une nouvelle maîtresse (Chloé) pour leur école, les accueille de tout coeur mais très rapidement, le jeune Jules commence à se méfier de l’endroit et de son docteur (et prochain petit ami) Mathieu (Samuel Jouy). Mathieu est-il l’Ogre qui terrifie la ville ? L’Ogre existe-t-il ? Jules est-il juste traumatisé par son père ? Le conte contemporain d’Arnaud Malherbe nous promet pas mal de surprises qui resteront regrettablement avortées. D’une mauvaise naïveté, Ogre ne parvient que très rarement à s’évader de son statut de téléfilm. Là où le scénario (surtout le titre) parvient à garder le spectateur en haleine, dans l’attente de voir ce fameux monstre, la caméra d’Arnaud Malherbe peine à fournir une atmosphère adéquate. Après La Nuée et TEDDY, la campagne est devenue l’endroit populaire du film de genre français. Et pourtant, Ogre n’arrive jamais à égaler la caméra de Just Philippot et des frères Boukherma, se contentant d’un trépied et d’une longue attente. Le mouvement, lui, endors plus qu’il ne dynamise. Il en devient pertinent lorsqu’il installe une tension promptement désamorcée qui emmène vers un final qui se perd entre l’aberration, l’absurde et le mauvais goût. La créature nous est montrée en intégralité, elle paraît tout droit sortie de la tête d’un Javier Botet sous acide. L’Ogre n’est pas si dangereux, il est grotesque. Encore plus dès lors que la lumière nous éblouit. L’origine de cette lumière est un fusil de Tchekhov, l’un des plus impossibles qui m’est été donné de découvrir. Une sottise aussi étrange que l’écriture des relations infantiles et en particulier du harcèlement entre enfants. Des insultes, de la méchanceté mais jamais réelle, toujours abusée.

Entre la fatigue du festival et la bêtise de cette découverte, Ogre fut une expérience décourageante tant le papier semblait soigné. De belles paillettes cachent un paquet des plus décevants. L’ennui est de mise dans ce futile film de genre campagnard (encore…). Certaines prestations restent notables, exceptées pour Samuel Jouy qui se contente de faire du Robert Mitchum dans La Nuit Du Chasseur, tellement que ça en devient parodique. En bref, l’année dernière j’ai crié au loup, cette année j’ai juste pleuré pour lui.

Note : 1 sur 5.

Ogre présenté à la 47e édition du festival du cinéma américain de Deauville et prochainement au cinéma.

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