[CRITIQUE] BAC NORD – De l’Assaut à la Fourrière pour Chiens

Après ses trois premiers films, on sentait que le réalisateur et scénariste Cédric Jiménez allait tôt ou tard libérer entièrement son potentiel pour rénover le cinéma français et plus spécifiquement le thriller. Sa direction d’acteurs, son partenariat comme dans ses précédents films avec Audrey Diwan et son désir de faire sortir ses acteurs de leur zone de confort éclatent littéralement sous nos yeux dans son quatrième film Bac Nord. On sent dans chaque plan de son film une réelle intention de rendre hommage aux films qui ont marqué sa mémoire mais aussi de donner une vision assez juste de certains quartiers de Marseille qui sont devenus de réelles zones dangereuses liées au crime organisé. Bac Nord s’impose non seulement comme l’un des films les plus poignants de cette année, mais surtout nous amène au débat et porte un oeil très juste sur les forces de l’ordre qui ont marqué nos mémoires en 2012 en mettant en avant le fait que certains agents des forces de l’ordre n’ont pas hésité à transgresser la loi pour affronter des bandes sans foi ni loi.

Dès les premières minutes, l’accent est mis non seulement sur une réelle volonté de rester crédible à chaque plan mais aussi de donner une réelle profondeur psychologique aux personnages principaux et secondaires. Le scénario écrit par Hugo Sélignac et Vincent Mazel s’inspire de faits réels (l’utilisation de certains extraits télévisés est parfaitement maîtrisée) et nous montre comment trois policiers Greg (Gilles Lellouche), Yass (Karim Leklou) et Antoine (François Civil) ont adapté leurs méthodes, dépassant souvent le cadre de la légalité pour arriver à leurs fins. Pour mettre un terme à un réseau de trafiquants, ils devront non seulement mettre leur vie en danger mais aussi utiliser des méthodes proches des gangs auxquels ils sont confrontés dans certains quartiers de Marseille. Alors que le cinéma français semble trop souvent s’installer dans un moule préconçu pour plaire à tous et aseptise trop souvent le contenu des images, Bac Nord ne recule devant rien pour montrer que le calme apparent de la police est souvent trompeur et que les coups bas et les mensonges sont omniprésents. Cette quête permanente de montrer la supériorité des forces de l’ordre est profondément révélée dans la dernière partie du film. Pourtant, il est difficile de porter un véritable regard sur ce trio de flics dont le principal objectif est de rendre les rues de Marseille plus saines. Face à des gangs qui ne reculent devant rien et qui semblent prêts à tout pour faire perdurer leur business très lucratif, ce film s’impose aisément comme l’un des films les plus chargés en adrénaline de cette année. Rappelant une scène de l’excellent The Raid (2012) de Gareth Evans, de French connection (1972) de William Friedkin, mais aussi une vision de la police non loin de la vision réactionnaire de la saga cinématographique de L’inspecteur Harry, Bac Nord est un thriller d’une rare pertinence qui ne laissera aucun spectateur indifférent. 

Impossible également de ne pas penser à des réalisateurs comme Francis Ford Coppola et Martin Scorsese pour cette volonté indéniable de diriger d’excellents acteurs et de leur donner suffisamment de matière pour casser leur image mais aussi pour montrer leur véritable potentiel. On avait rarement vu les acteurs Gilles Lellouche et François Civil livrer littéralement des performances d’une rare puissance émotionnelle. Gilles Lellouche avait déjà tourné avec Cédric Jimenez pour La French, mais sa performance est ici vraiment remarquable et laisse transparaître son immense talent d’acteur. De même François Civl, déjà impeccable dans ses derniers films, Celle que vous croyez (2018), Mon inconnue (2019), Le chant du loup (2019), s’impose ici comme l’un des meilleurs acteurs français à la recherche de rôles forts au lieu d’aligner des films commerciaux trop lisses. Le réalisateur Cédric Jimenez ne néglige pas les seconds rôles féminins et s’entoure pour l’occasion des excellentes et superbes Adèle Exarchopoulos et Kenza Fortas, César du meilleur espoir féminin pour Shérazade (2018). Adèle Exarchopoulos n’a plus besoin de montrer qu’elle est une actrice investie dans ses rôles et n’hésite pas à passer de la comédie aux drames. Kenza Fortas confirme qu’on n’a pas fini de parler d’elle et que ses débuts prometteurs se sont concrétisés et laissent place à une actrice vraiment douée dont la présence à l’écran est indéniable.

Bac Nord ne porte pas non plus un regard accusateur sur les forces de l’ordre et nous montre que les frontières entre le bien et le mal sont dans certains cas difficiles à discerner. Le film nous amène également à nous interroger sur le pouvoir des politiciens et des journalistes de rapporter ou de lancer des accusations plus ou moins justifiées. Ce film marquera votre mémoire longtemps après l’avoir vu, vous fera réfléchir, mais surtout il vous montrera que les films à grand spectacle doivent être vus en salle sur un écran géant et dans d’excellentes conditions.

Note : 4 sur 5.

BAC NORD au cinéma le 18 août 2021.

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