[ANALYSE] Suspiria (1977) – La bande-son psychédélique de Goblin

Après le succès de son thriller giallo Les Frissons de l’angoisse (1975), Dario Argento a encore frappé un grand coup avec Suspiria (1977), un film d’horreur fantasmagorique devenu culte. Ce film, qui raconte l’histoire inventive et déjantée d’une assemblée de sorcières à la tête d’une école de danse, a captivé l’imagination du public contemporain et a conquis rétrospectivement les critiques après un accueil initialement mitigé. Bien que souvent acclamé pour ses images surréalistes et sa palette de couleurs étonnamment vives, la partition et les décisions musicales de Suspiria sont tout aussi uniques.

Après avoir découvert le groupe italien de rock progressif Goblin pour la musique de Les Frissons de l’angoisse, Argento a décidé de poursuivre sa collaboration pour Suspiria, ce qui a conduit à la gestation et à la naissance d’une bande-son psychédélique qui ajoute un tout autre niveau à la peur et à l’épouvante. Le film s’ouvre sur des percussions et des cordes frénétiques, qui montent en intensité, tout au long du générique. Puis le titre du film : Suspiria. Rapidement, la musique s’interrompt pour laisser place à un air de synthétiseur féerique et scintillant, qui se répète comme une ritournelle. Une douce voix off commence, présentant la protagoniste comme une élève de ballet se rendant dans une prestigieuse académie de danse.

Sans aucun visuel pour l’instant, la partition éveille vos esprits pour commencer, fait battre le cœur au rythme des tambours. Le passage soudain à la mélodie scintillante est inquiétant, sombrement troublant, et pourtant on ressent toujours un sentiment de mysticisme et de magie. C’est dans une veine très similaire à l’utilisation de Tubular Bells de Mike Oldfield dans L’Exorciste (1973). Cependant, une fois que la narration s’arrête, le violon frénétique et grinçant revient, montant jusqu’à un point culminant et disparaissant lorsque la première image apparaît : une image banale de panneau d’aéroport. Ces oppositions et ces coupures, ces changements rapides de musique et de tonalité, caractérisent les choix musicaux d’Argento tout au long du film. Souvent, nous savons qu’une frayeur s’annonce dès que la musique commence à se faire entendre, même si aucun indicateur visuel ne nous y prépare. La musique semble être indissociable des événements du film : elle brouille la frontière entre diégèse et non-diégèse.

La musique ou le son diégétique est celui qui trouve sa source dans l’univers du film : vous voyez un homme frapper un tambour, vous entendez le son du tambour. C’est assez simple. Les sons non diégétiques, en revanche, n’ont pas de source dans l’univers de l’histoire. Par exemple, la plupart des musiques de film sont considérées comme non diégétiques : vous ne voyez pas Jack et Rose chanter sur la chanson My Heart Will Go On de Céline Dion. Ce qui est intéressant dans la musique de Suspiria, c’est la façon dont elle oscille entre la diégèse et la non-diégèse. Nous ne pouvons jamais savoir avec certitude si le son et la musique sont dans le monde ou hors du monde. Les percussions et les répétitions donnent l’impression d’une musique rituelle, suggérant peut-être que nous entendons les sorcières tisser leur magie noire en arrière-plan de chaque acte de violence. Cette impression est renforcée par des sons de soupirs, de gémissements, voire de cris de sorcières qui se mêlent à chaque morceau. En accompagnant chaque action horrifique, la partition semble avoir une magie propre. Lorsque la scène change, s’éloignant de la frayeur, la musique est souvent coupée brusquement, suggérant qu’elle était en fait diégétique, issue de la scène elle-même. Comme toutes les bonnes bandes originales de films d’horreur, elle semble irremplaçable.

Dario Argento et Goblin ont réussi à composer des morceaux qui sont inextricablement liés à l’action à l’écran. Le son et l’action s’entremêlent et se mélangent dans une folie cinématographique. Grâce au talent musical de Goblin, Suspiria est un cauchemar qui est un régal pour les oreilles, ainsi que pour les yeux.

Suspiria disponible en (S)VOD, DVD et Blu-ray.

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