En festival, on peut découvrir des merveilles comme de mauvais films, c’est un fait et c’est le jeu. Sound of Métal fait partie des merveilles et ce, pour d’innombrables raisons. Réalisé par Darius Marder, jusque-là coscénariste de l’excellentissime, bien que trop méconnu, The Place Beyond The Pines, le film s’inspire de Metalhead, un docufiction inachevé de Derek Cianfrance dans lequel le batteur d’un couple de musiciens de hard métal devient peu à peu sourd (source : Wikipédia). Suivant cette idée, Darius Marder, après presque 10 ans de production, commence à présenter son film dans plusieurs festivals avant d’atterrir à Deauville où son film va malheureusement repartir bredouille, mais rester dans les mémoires des spectateurs présents dans la salle. À l’heure où l’on rédige cet article, on ne sait toujours pas quand et où le film sera disponible, bien que l’on espère qu’il trouvera sa place dans nos belles salles françaises même s’il semble se diriger vers Prime Vidéo.

Darius Marder présente son film aux spectateurs.

Synopsis : Ruben et Lou vivent en marge des villes dans leur caravane, sillonnant les États-Unis entre deux concerts. Alors que sa copine hurle dans le micro, Ruben, lui, met le feu à sa batterie. Mais un jour, il n’entend plus qu’un bourdonnement étouffé. Le diagnostic du médecin est sans appel : Ruben souffre d’une perte auditive et sera bientôt sourd. L’anxiété et la dépression le guettent alors que ses addictions passées refont surface. Le couple va devoir prendre une décision difficile, qui mettra en péril leur avenir. 

Un casting fabuleux, des personnages brillants 

Sound of Metal va devenir une référence sur de nombreux points. Une histoire simple mais complexe, Sound of Metal apporte beaucoup à la table. Riz Ahmed, en incarnant Ruben, un batteur dont l’ouïe se détériore rapidement, fait un travail extraordinaire. Comme Sally Hawkins dans The Shape of Water, une partie du jeu est silencieuse et principalement en LDS (Langue des signes). Quand il n’utilise pas la LDS, il va de moments calmes à des niveaux extrêmes de jeu. De festival en festival, le buzz autour de sa performance a continué à se développer, même si certains n’avaient même pas vu le film. Je ne pense pas qu’ils auraient pu trouver un meilleur acteur dans le scénario, Riz Ahmed y est parfait, il porte complètement ce doux long-métrage. C’est une performance qui définit sa carrière et j’ai hâte de voir ce qui se passera avec la saison des prix (gros favori avec Mads Mikkelsen, dans Drunk, pour les Oscars). Et je m’en voudrais de ne pas mentionner Olivia Cooke et Paul Raci. Ce dernier, a le deuxième plus grand temps d’écran, du moins je pense, et il a des scènes vraiment percutantes. Sa performance y est forte et comme Ahmed, il utilise à la fois l’anglais et la LDS, bien que cette dernière principalement. 

Je voulais en voir un peu plus avec son personnage parce qu’il est là comme guide pour Ruben. Je pourrais le comparer à Sam Elliott dans A Star is Born. Raci est la voix du jugement et possède quelques scènes charnues. La différence est que nous ne fouillons pas autant dans son personnage, du moins pas autant que l’on pouvait l’espérer. Cooke, elle aussi, est voix de jugement, mais en tant que petite amie. Cette dernière manque de développement ou du moins, de scènes importantes, mais la véritable performance compense. On peut, tout de même, être heureux que le film adopte une approche différente et qu’il n’utilise pas le stéréotype de la petite amie typique que nous pourrions voir dans ce type de film. Elle est là pour aider et non pour causer des drames. Comme vous pouvez le comprendre, que ce soit le casting de Riz Ahmed comme celui des seconds rôles, on est sur du grand cru. 

L’ennui rend sourd mais pas aveugle 

C’est un film lourd de scénario. Pas dans le sens du dialogue, mais plutôt de la description et de ce qui s’y passe. Darius Marder l’a très bien réalisé. Il a coécrit avec Abraham Marder et l’histoire est de Derek Cianfrance, donc il a une grande idée de ce qu’il veut transmettre. Grâce au ton, au son, et à ce qui est montré à l’écran, Darius Marder frappe dans le juste. La seule chose qu’on aimerait corriger dans l’écriture, c’est bien le rythme. Comme précisé précédemment, le film est axé sur les moments calmes et tendres. Parfois, cela signifie qu’il ne se passe pas grand-chose. C’est intelligent d’avoir ça, mais le film peut être lent à certains moments. Sur presque deux heures du film, une bonne dizaine de minutes aurait pu être coupée. Cela dit, je ne sais pas où, ni quand.

“And the Oscar goes to.. “

Outre le jeu, l’écriture et la réalisation, le sound-design est le coup de génie du film, l’excellence. L’ensemble du film se concentre sur celui-ci, ça se voit, ça s’entend. Mais la façon dont ils ont édité et mixé le tout nous met réellement dans la tête de Ruben. On devient sourd et/ou malentendant avec lui. Il y a des moments où nous entendons ce qu’il se passe réellement, dans la tête de ces personnes atteintes de ce handicap. Il s’agit d’une représentation auditive, mais ça marche, ça frappe. Ces moments de réalisation aident l’expérience. L’émotion se construit avec ce choix. Vers la fin du long métrage, Ruben prend une décision et on la vit avec lui. L’identification est maximale, touchante, brillante. Et on est heureux de vivre cette décision avec lui. S’il y a une chose que vous pouvez tirer de ce film, c’est que le son est une vertu.

Pur moment de cinéma, Sound Of Metal est destiné aux salles de cinéma. Hormis son petit problème dans sa dernière partie, le long-métrage de Darius Marder brille et nous éclate la face à tous les niveaux. On en ressort avec une envie d’apprendre la langue des signes, un semi-sourire sincère et une impression d’avoir vécu une expérience cinématographique unique.

Sound of Metal actuellement au cinéma.

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