[CRITIQUE] Les Trois Mousquetaires : Milady – Épées et disparités

En début d’année, le premier volet du diptyque d’aventure Les Trois Mousquetaires a été dévoilé, réunissant un casting trois étoiles avec François Civil, Vincent Cassel, Pio Marmaï, Romain Duris et Eva Green. Il se concentre sur le personnage de D’Artagnan, offrant un récit riche en enjeux et porteur d’une certaine ambition. Sous la direction de Martin Bourboulon, ce projet s’inscrit dans une volonté de proposer du grand spectacle d’époque “à la française”, à l’instar d’autres productions marquantes des années 2000 telles que Le Pacte des Loups de Christophe Gans ou Vidocq de Pitof.

Entre le jugement d’Athos, la romance naissante entre d’Artagnan et Constance (deux personnages laissés en danger dans le cliffhanger), l’importance de la confiance de Louis XIII en ses alliés, et le mystère entourant Milady, toutes les pistes scénaristiques semblaient promettre une deuxième partie flamboyante et émotionnellement intense. Ainsi se pose notre question : ce second chapitre (conclusif, normalement), centré sur le personnage de Milady incarnée par Eva Green, maintiendra-t-il cette dynamique ? Sera t-il à la hauteur de la saga épique promise ?

© Julien Panié

Les Trois Mousquetaires : Milady révèle des qualités et des défauts qui aboutissent à une œuvre globalement plaisante à suivre. Malgré des scènes d’actions parfois confuses, un manque de clarté visuelle et des moments où François Civil semble parfois en décalage, on ressent l’ambition et la volonté de bien faire. Le budget, le soin apporté aux costumes, les différentes idées de mise en scène pour moderniser l’action (comme l’usage presque excessif du plan séquence) ainsi que l’aura générale rafraîchissante de l’œuvre sont visibles. Il convient de souligner également les dialogues qui combinent sérieux et fidélité à l’adaptation du récit des Trois Mousquetaires. En abordant cette suite, on retrouve à la fois les mêmes éléments, qualités et défauts. Cette répétition accentue inévitablement les aspects négatifs. Dès les premières scènes, Les Trois Mousquetaires : Milady révèle son potentiel en instaurant une tension intense, soutenue par une composition musicale en adéquation avec le ton du récit, rappelant l’engagement envers une histoire d’aventures captivante. Par ailleurs, tout comme son prédécesseur, les efforts déployés pour créer un véritable film d’époque méritent d’être salués, en particulier la diversité des décors exploitant le patrimoine historique.

Du passage de La Rochelle à Chambord, en passant par de longs séjours dans les vieux quartiers historiques de Paris, cette suite se forge une identité distincte en mettant en lumière la diversité du patrimoine français plutôt que de les recréer artificiellement. Il est indéniable que le budget de 65 millions d’euros n’a pas été gaspillé, faisant des diptyques de Martin Bourboulon des œuvres singulières et rares dans un paysage de blockbusters souvent dominé par l’utilisation intensive des fonds verts et bleus. Retourner au réel, comme récemment réalisé dans The Creator, offre des images authentiques auxquelles on croit.

Outre leurs évidentes similitudes techniques, étant donné que les deux parties ont été tournées simultanément, Les Trois Mousquetaires : Milady reprend là où elles s’étaient arrêtées (hormis les cinq minutes de récapitulation vraiment pesantes). Constance Bonacieux est enlevée sous les yeux de D’Artagnan. Dans une quête effrénée pour la sauver, le jeune mousquetaire est contraint de s’allier à la mystérieuse Milady de Winter. Alors que la guerre est déclarée, Athos, Porthos et Aramis ont déjà rejoint le front. De plus, un terrible secret du passé va rompre toutes les anciennes alliances. Cependant, au-delà de la réutilisation de cette même formule et la continuité directe des péripéties, cette suite présente des différences fondamentales. Ce qui se déroule par la suite, jusqu’au climax, est quelque peu inégal.

© Pathé Films

Plusieurs éléments soulèvent cette irrégularité, déstabilisant ainsi les bases instaurées par la première partie. Malgré la volonté affichée d’expliciter ses enjeux, cette suite ne parvient pas à nous impliquer autant qu’elle l’aurait souhaité. Certains des trois mousquetaires sont complètement effacés de l’histoire, notamment Aramis interprété par Romain Duris, relégué au second plan dans une sous-intrigue inutile visant à trouver le bon mari pour sa sœur. De même, le personnage de Porthos, joué par Pio Marmai, a un temps d’apparition inférieur à celui des chevaux. Dans des moments cruciaux pour l’histoire, l’impact n’est guère effectif. La révélation que Milady est en réalité la femme morte d’Athos est expédiée, tant le foreshadowing était faible et prévisible. De plus, Bourboulon révèle cette information de manière feignante, à travers une vulgaire scène de sexe où d’Artagnan découvre la fleur de lys gravée au fer rouge (que son confrère lui avait décrite) en déshabillant Eva Green. Cette description vous rappelle plusieurs films ? C’est normal, c’est feignant, c’est lassant. Tout ici a tendance à nous laisser de marbre.

En l’absence d’une mise en scène d’action, le cinéaste semble manquer de compétence pour découper un montage d’action lors de la phase de storyboard, laissant ainsi libre cours à la “magie” du plan-séquence. Tout est filmé de près, accentuant cette confusion où la lisibilité s’efface. Expliquer au réalisateur que plus la caméra est proche, plus le flou de mouvement est important lors de ses déplacements, et donc, que la lisibilité en souffre, pourrait être nécessaire. Ce long-métrage d’action manque périodiquement de grandiose et d’épique, même si l’action est rare et courte.

Heureusement, ce constat ne concerne pas tout le film, mais cette irrégularité laisse une empreinte indéniable sur le rythme et donc, notre intérêt. Cela devient d’autant plus notable lorsque, par exemple, une réplique mal délivrée survient de temps à autre, ou encore par la faiblesse du jeu de François Civil lorsqu’il mime l’action de pleurer. La meilleure preuve de cette difficulté à capter notre attention se manifeste lors de la conclusion. L’énorme climax tout feu tout flamme de ce diptyque, toujours filmé en plan-séquence, semble bien court. L’épilogue révélant le destin des personnages s’ensuit jusqu’à la conclusion de Dumas qui justifie le nom de son roman (et donc de ces deux films), mais suggérer une troisième partie en chantier paraît aberrant. Tout semblait se conclure normalement, les personnages ayant tout raconté, mais une fin ouverte insulte l’œuvre d’origine et suit la tendance des studios américains à ne jamais conclure les succès. Ainsi, le diptyque (ou triptyque ?) des Trois Mousquetaires clôt son récit rapidement, dans un ton plutôt monotone. Cette fin produit peu d’effets, elle survient simplement sans une véritable fougue.

© Julien Panié

Cette absence d’impact significatif ne vient cependant pas ternir l’aptitude de cette seconde partie à susciter un minimum d’intérêt, davantage dû à notre curiosité qu’à ce qui nous est réellement proposé. C’est le cas du personnage de Milady de Winter, l’antagoniste principal des épéistes, suffisamment mystérieuse pour susciter notre envie de découvrir plus en détail son destin et ses ambitions. Bien que cette suite met l’accent sur le personnage interprété par Eva Green, nous ne profitons pas encore assez de sa présence. Si l’écriture a pour intention d’introduire une certaine distance, il reste parfois un sentiment de ne pas saisir suffisamment les intentions du personnage, ou alors ces dernières demeurent trop vagues. Fait amusant, elle semble posséder ce syndrome T-1000, réapparaissant toujours après sa supposée mort. Ici, elle survit au feu, à une chute d’une falaise et dans les souvenirs d’Athos à la mise à mort, défiant la cohérence du récit. Cette dissonance tend à obscurcir quelque peu les enjeux du récit. Les Trois Mousquetaires : Milady aurait pu mieux porter son nom.

En définitive, la première partie ouvre le bal sur la saga d’aventure promise par l’ambition liée au projet, mais elle présente quelques disparités que la seconde renforce. Il serait néanmoins injuste de critiquer le projet salutaire de Martin Bourboulon qui a tenté de concevoir un divertissement de taille. Il serait cependant plus sage de reconnaître qu’une dose plus prononcée de grandiloquence aurait été la bienvenue. Les Trois Mousquetaires : Milady se révèle être simplement une suite dont on retiendra une histoire mitigée et inachevée.

Critique co-écrite avec Louan Nivesse.

Les Trois Mousquetaires : Milady de Martin Bourboulon, 1h55, avec François Civil, Vincent Cassel, Romain Duris – Au cinéma le 13 décembre 2023

6/10
Note de l'équipe
  • Arno Snow
    6/10 Satisfaisant
3
0

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