CINEMA DU PRÉSENT

[CRITIQUE] Spirale : L’Héritage de Saw – Torture démodée par Chris Rock et Bouse-man

La franchise Saw a dominé le cinéma d’horreur durant les années 2000, où des personnages abrasifs et affreux reçoivent leur châtiment de manière particulièrement horrible. Le visionnage de ces films se solde souvent par une expérience vide, car les réalisateurs ne laissent jamais assez d’empathie aux spectateurs, et les films semblent prendre plaisir à donner aux méchants une fin macabre. Les studios ont récemment essayé de relancer les franchises des années 2000 avec des personnages sympathiques. Le film de cette année, Détour Mortel, a complètement retourné l’original de 2003, un tueur mutant, un cannibale et un péquenaud. Spirale : L’Héritage de Saw n’est pas aussi inventif, mais il tente de nouvelles choses dans une franchise qui est sur pilote automatique depuis sa première suite. Certains de ces changements fonctionnent, d’autres non. Les fans de la franchise seront peut-être intéressés de voir le film tenter quelque chose de différent, même s’il retombe sur la même vieille formule qui a défini les sept suites précédentes. Certes, la série ne m’a que rarement intéressée, mais Spirale n’a rien arrangé à cela.

Spirale est né d’une idée de Chris Rock, qui a rencontré par hasard un cadre de Lionsgate lors du mariage d’un ami commun et lui a fait part de quelques idées sur la manière d’améliorer la franchise Saw, en perte de vitesse. Quelque temps plus tard, Rock a rencontré Lionsgate de manière plus officielle, a rédigé un traitement détaillé et a pris en charge la production exécutive de cette franchise fatiguée, l’une des plus rentables de l’histoire du genre. Mais Lionsgate avait besoin de quelque chose de radical pour relancer sa série, qui souffre de paresse créative et de rendements décroissants. Elle avait déjà marqué le « chapitre final » en 2010 avec Saw 3D, mais ce gadget n’avait pas suffi. Sept ans plus tard, le studio a cherché à revitaliser la série avec Jigsaw des frères Spierig, mais personne n’a été intéressé. Les scénaristes ne peuvent faire revivre Jigsaw, établir ses disciples ou le réinventer avec des copieurs qu’un certain nombre de fois. La version de Chris Rock est quelque peu différente, presque assez pour se justifier. Avant tout, Spirale est remarquable pour son casting. Les films Saw ont été dépourvus de vedettes depuis les deux ou trois premiers films. Rock, l’un des humoristes les mieux payés, change d’image pour jouer le rôle de l’inspecteur Zeke Banks, le policier héros local, et Samuel L. Jackson, l’une des stars les plus rentables d’Hollywood, joue son père. Ensemble, ils donnent du relief à l’histoire, qui se déroule dans un contexte de tueur en série comme celui de Se7en (1995), avec une atmosphère moite et une palette de couleurs orangées qui reflètent la canicule. L’histoire se déroule du point de vue de Banks junior, alors que le film Saw moyen suit généralement une série de victimes qui tentent d’échapper aux pièges élaborés de Jigsaw. Banks reçoit des notes cryptiques et une série d’indices sanglants, mais il n’est pas près d’attraper le tueur. Il se retrouve même avec un nouveau partenaire débutant (Max Minghella) après une de ces disputes classiques des films policiers avec son capitaine (Marisol Nichols) : « Je suis un solitaire et je n’ai pas besoin de partenaire ». Ainsi, si Spirale est une relecture de Saw, c’est à travers le tissu usé d’un thriller policier des années 1990. 

Par ailleurs, Spirale tente de retrouver une partie de la gloire passée de la franchise. Darren Lynn Bousman, qui a réalisé les deuxième, troisième et quatrième films, revient à la barre, avec son lot de chocs sensoriels, de décors saturés et de flashs rapides. L’esthétique de Bousman donne l’impression qu’il préférerait réaliser des vidéoclips gothiques. Chaque scène se déroule soit dans le noir complet, soit derrière une saturation de couleurs oppressante (le travail de Steven Soderbergh sur Traffic en 2000 semble subtil en comparaison). Le style de Bousman n’a jamais été séduisant, mais aujourd’hui il sonne comme celui des années 2000, et c’est peut-être la raison pour laquelle ses productions de ces dernières années ont semblé si décevantes et dépassées. Par conséquent, Spirale ressemble et se joue comme une suite de Saw datant, disons, de 2008. Mais, bien sûr, cela peut très bien être l’intention de rebooter la franchise en rendant hommage à ses racines.

Malgré tout, Spirale est un film méchant qui répond aux attentes du « torture porn » en matière de gore copieux, mais les scènes de violence extrême sont un peu plus faciles à supporter étant donné que le scénario (de Josh Stolberg et Peter Goldfinger) développe à peine ses victimes. Ce dernier est d’une austérité intéressante dans sa façon de considérer la corruption, la négligence et les incidents de brutalité au sein des forces de police, mais il est traité avec un tel désordre que toute vague tentative de faire une sorte de déclaration est gâchée (les flics sont si caricaturalement, stupidement amoraux que cela prive la situation de tout véritable cran). Cependant, la série et même l’imitateur de Jigsaw restent incapables d’admettre que le fait de massacrer des gens de manière particulièrement grossière ne rend justice à personne. Au moment où l’identité du tueur est révélée, Bousman fonce tête baissée vers le twist final caractéristique de la série, laissant passer toutes les occasions d’aborder l’énigme morale pour une coupure abrupte du générique. Les jeux-pièges sont aussi sanglants que les fans peuvent l’espérer, mais la structure les prive souvent de tout suspense réel (nous apprenons que quelqu’un est mort avant de le voir mourir) et les victimes sont si répugnantes qu’il est difficile de s’intéresser à ce qu’il se passe.

La présence de Chris Rock rend Spirale meilleur que le scénario ne le permet, bien que sa performance dépend trop du fait qu’il louche comme Clint Eastwood pour montrer la colère, la confusion ou le traumatisme. Sa performance étant si embarrassante et mal jugée que ce serait un miracle s’il acceptait à nouveau un rôle dramatique. Mais le rôle du gentil Chris Rock ne suffit pas à détourner l’attention de Spirale et de sa dépendance à l’égard du modèle Saw. Il resitue légèrement les événements du point de vue du flic et trouve un angle pertinent sur la justice sociale contemporaine, mais ce ne sont que des changements de surface. Grâce à Boseman et aux scénaristes, Spirale ressemble à tous les autres films de la série Saw, en ce sens qu’il s’appuie fortement sur une structure d’intrigue riche en flashbacks, sur des scènes gore choquantes et sur une philosophie morale ennuyeuse qui ne contribue en rien à élever la série.

Spirale : L’Héritage de Saw au cinéma le 21 juillet 2021.

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