[CRITIQUE] Dream Scenario – En rêve et contre tous

L’ouverture du PIFFF 2023 a été marquée par la présentation de Dream Scenario, le dernier film de Kristoffer Borgli, qui avait précédemment captivé le public avec Sick of Myself. Le réalisateur norvégien, déjà familiarisé avec le tournage aux États-Unis, s’entoure pour la première fois d’une équipe prestigieuse, comprenant notamment Nicolas Cage, Julianne Nicholson et Michael Cera. Ce nouveau film est également la dernière production d’A24, le studio qui a conquis le cœur de nombreux spectateurs, bien que pas le mien.

Cependant, Dream Scenario ne parvient pas à me réconcilier avec ce studio indépendant. Malgré un concept amusant, le film emprunte rapidement des chemins familiers et prévisibles, ne suscitant pas toujours l’enthousiasme. Le pitch est intrigant : imaginez Les Griffes de la Nuit, mais au lieu de Freddy, c’est Paul Matthews, un personnage ordinaire, qui apparaît dans vos rêves pour vous observer. Dans un monde où les réseaux sociaux occupent une place centrale, un tel phénomène ne peut pas passer inaperçu, confrontant ce professeur à la célébrité.

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Le synopsis est intrigant et le début du long-métrage prometteur. Sans révolutionner le genre, le film demeure dynamique et offre des idées intéressantes, surtout grâce à la brillante performance habituelle de Nicolas Cage. Julianne Nicholson, dans le rôle de sa femme, bien que moins présente, crée une alchimie remarquable avec Cage, rendant chaque scène du couple attachante. Malheureusement, à mesure que l’histoire progresse, le film s’égare dans un scénario moins captivant, avec un discours et une caricature de certains aspects du showbiz déjà vus, dont on aurait pu se passer. Ce film comique prometteur devient de plus en plus pesant, bien que l’interprétation de Cage demeure impeccable.

Les chemins que prend le long-métrage sont balisés, mais nous amènent surtout vers une partie assez étrange dans le deuxième tier du film. Un passage assez maladroit qui laisse penser que ce film dénonce la cancel-culture, son protagoniste allant même jusqu’à avoir des propos que ne renieraient pas certains youtubers faisant des vidéos explication face caméra, devant un mur (qu’on espère porteur). Alors certes, ce passage n’est pas le cœur du film, mais il est pourtant bien présent et est formulé de la bouche du protagoniste auquel on est censé s’attacher, la sensation est donc bien étrange.

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Malgré ces défauts, le film présente des moments saisissants. Certains effets de montage provoquent un malaise palpable chez le spectateur avec une simplicité déconcertante. Borgli parvient parfois à susciter une vive émotion en seulement quatre coupes rapides, témoignant d’une grande réussite formelle, notamment dans le rendu visuel de l’image. Cependant, dans l’ensemble, Dream Scenario se révèle assez décevant. Comme souvent avec les films d’A24 axés sur un concept spécifique, le scénario particulier est mal exploité, éclipsé au profit de scènes émotionnelles trop faciles, frôlant parfois le mélodrame. Le film critique de multiples aspects de notre société sans vraiment s’y plonger, laissant une impression d’incomplétude. On aurait souhaité un approfondissement de la critique du monde de l’influence sur les réseaux sociaux ou de l’impact personnel de la célébrité, passant de l’anonymat à une image monnayable.

En dépit d’une performance réussie et touchante de Cage, ainsi qu’une esthétique remarquable, Dream Scenario semble passer à côté de nombreuses opportunités offertes par son concept. Il demeure finalement un film assez classique, dont on peut aisément gratter le vernis pour révéler les faiblesses d’un scénario avare et de scènes parfois discutables.

Dream Scenario de Kristoffer Borgli, 1h41, avec Nicolas Cage, Julianne Nicholson, Michael Cera – Au cinéma le 27 décembre 2023.

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