[CRITIQUE] Loin du Periph – Et très loin d’un chef d’œuvre

[CRITIQUE] Loin du Periph – Et très loin d’un chef d’œuvre

12 mai 2022 0 Par Enzo D

Dix ans après le précédant volet intitulé De l’autre côté du periph, Omar Sy et Laurent Lafitte sont de retour pour une suite du buddy movie français, mettant en scène deux policiers aux méthodes diamétralement opposées. Une suite que le public, et la critique, n’attendait absolument pas. Le projet est motivé par le succès de Lupin, et notamment par la bonne entente entre Omar Sy et le réalisateur de la série Louis Leterrier. Netflix compte bien utiliser l’aspiration de la série pour produire toujours plus de films avec Sy. Alors œuvre réussie ou simple contenu oubliable ?

Le buddy movie c’est ce genre cinématographique dans lequel deux personnages aux antipodes vont devoir s’allier et vivre ensemble pour surmonter une situation. Cela peut être des films d’actions comme l’Arme Fatale, Men in Black ou encore plus récemment Hitman and Bodyguard. Mais le buddy movie n’est pas uniquement un genre de films d’actions américains, on peut y trouver également Le bon, la brute et le truand en Italie ou encore Intouchables en France. Et justement Omar Sy est un habitué de ce genre de films, qui reposent en grande partie sur la présence d’acteurs talentueux. On pourrait citer Intouchables, Le Flic de Belleville ou encore Le Prince Oublié qui sont tous des films où Sy doit être en tandem. Et le point commun entre tout ces films, c’est l’alchimie superbe entre les acteurs principaux. Une qualité que l’on retrouve dans notre film du jour, ou l’un des (seuls) plaisirs réside dans les scènes où le duo LafitteSy est réuni. Les blagues ne sont pas forcément très bien écrites, mais l’interprétation des deux est si réussie qu’on a souvent un sourire à les regarder jouer ensemble. En revanche dès que le film tente de nous mettre d’autres duo, que ce soit avec Djimo ou Alice Gautier, l’alchimie ne fonctionne jamais pour la simple raison que Sy ne trouve pas d’égal dans ces scènes.

Sy et Laffite cherchant les qualités du film.

Malheureusement cette complicité et ces quelques scènes géniales entre Lafitte et Omar Sy ne suffisent pas à faire oublier le gros point noir du film : l’écriture. C’est mauvais, mais a un point qui en devient agaçant. Ce n’est pas juste fainéant, c’est juste profondément mauvais. Parlons tout d’abord de la charge politique du film, vu qu’apparemment c’est sur ça que s’écharpe les internautes (la page Allociné du film est devenu un véritable champ de bataille). Bon attention on va divulgâcher le film de l’année : le méchant du film est un politicien d’extrême droite et ses militants ont pour objectif de faire une série d’attentat. En soit ce qui a déplu apparemment ce sont les clichés associés à la campagne (mais on va y revenir), car le fait d’avoir comme antagoniste un extrémiste ça ne devrait pas choquer. C’est un personnage qui a des idées de pure méchant donc les spectateurs étonnés qu’on le catégorise comme tel devrait sincèrement se poser des questions sur les valeurs qu’ils considèrent comme bien.

On peut même voir un appel à l’aide dans les regards.

Alors ça n’excuse pas le fait que le sujet soit extrêmement mal traité, la comparaison avec l’Alt-right américaine (les ennemis du duo portent même des costumes rappelant les assaillants du capitole) est très mal venue, mais le pire de tout ça vient à la fin du film. Dans le dernier quart d’heure on découvre qu’un des alliés du duo fait finalement parti du groupe de conspirateurs racistes (une surprise qui se voit à des kilomètres mais passons) et ce qui pourrait passer pour un simple twist raté est en fait révélateur d’un échec bien plus grand et sombre. A la fin du premier film, malgré leurs différences les deux héros, symbolisant Paris et la banlieue, finissent par s’allier et donc se rapprocher. Ici en plus de ce jeu de différences entre les deux personnages il y a également d’autres divisions entre le duo, symbolisant donc l’Ile de France et les autres personnages, symbolisant la province. Le twist final vient complétement détruire la symbolique du premier, qui essayait de faire une fin un tant soit peu optimiste. Ici à la fin du film il n’y a pas de rassemblement, il n’y a qu’une France encore plus divisée. Alors c’est quoi le message de Loin du Periph ? Tout ce qu’on sait c’est qu’il nous semble constamment douteux, et surtout mal écrit. Aucune promesse n’est tenue et on se demande même dans quel sens va la charge politique. Un échec complet.

Passer de Le Transporteur, l’Incroyable Hulk et Insaisissables à ça.

Mais bon on ne va pas terminer sur de la mauvaise humeur, chez C’est quoi le cinéma on adore parler de choses plus réjouissantes alors essayons d’en trouver dans Loin du Periph. Il y a en effet plusieurs idées de mises en scènes intéressantes. En partie dû à l’utilisation d’un plateau numérique, c’est-à-dire que les acteurs jouent devant des écrans LED de haute technologie qui remplacent donc les fonds verts (vous avez pu observer ça dans The Mandalorian ou encore The Batman). Il y a des scènes d’enquêtes rappelant (brièvement, n’abusons pas) la saga Batman Arkham ainsi que des poursuites sympathiques à suivre en partie grâce à ces écrans. Il faut dire que Leterrier s’y connait en poursuites puisqu’il a réalisé Le Transporteur et qu’il reprend le flambeau sur le prochain Fast And Furious (on a hâte d’ailleurs de vous parler du tournage catastrophique de cet opus). Tout n’est pas parfait pour autant ne vous faites pas de faux espoirs, il y a notamment une scène de poursuite en karting devant laquelle j’ai failli m’endormir trois fois tant elle est mal découpée. Les scènes d’actions, d’ailleurs, restent plutôt agréable dans l’ensemble, notamment les chorégraphies de combats mettant en scène Omar Sy qui se livre à des affrontements physiques divertissants.

C’est quoi le cinéma selon ce dernier film Netflix ? Eh bien comme souvent avec la plateforme, c’est un contenu fainéant, qui ne fait les choses qu’a moitié (voir qu’au quart), et qu’on aura oublié dans quelques jours. Allez plutôt voir ou revoir The Northman, ce n’est pas un buddy movie mais la présence d’un Alexander Skarsgard torse nu vaut toujours plus que cette semi-bouse.

Note : 1.5 sur 5.

Loin du Periph disponible sur Netflix le 6 mai 2022.

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