[CRITIQUE] Les Cinq Diables – Sympathy for the Devil

Deuxième long-métrage réalisé par Léa Mysius, après Ava en 2017, et quelques travaux de scénariste notamment sur Roubaix Une Lumière de Desplechin, ou Les Olympiades de Jacques Audiard, Les Cinq Diables est sorti en salles le 24 août, après une présentation à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes cette année.

Le film raconte l’histoire de la jeune Vicky, petite fille dotée d’une extraordinaire capacité olfactive, lui permettant de distinguer avec une précision impressionnante différentes odeurs, qu’elle s’amuse à stocker des bocaux. Elle est très attachée à sa mère, Joanne, mais l’arrivée de la sœur de son père, Julia, bouleverse l’équilibre familial, et celui des habitants du village.

Ce qui s’apparente à bien des égards à un drame familial à la française, s’aventure par petites incursions, dans d’autres genres, comme le fantastique, ou le thriller. Le film présente une atmosphère mystérieuse, où règne une inquiétante étrangeté au sein de ce village de montagne en Auvergne. Une ambiance pouvant rappeler Twin Peaks et sa galerie de personnages en décalage avec leur propre réalité. 

Le film, tourné en pellicule 35mm, propose une photographie travaillant les contrastes et les couleurs de façon à donner une beauté minérale aux paysages et aux corps filmés. Une matérialité de l’image appréciable, avec tous ces films trop lisses à l’ère du numérique. 

Les interprétations sont très solides, notamment Adèle Exarchopoulos qui est comme d’habitude formidable, et la jeune Sally Dramé, particulièrement convaincante, sachant rendre à merveille ce qui fait la singularité de son personnage, puisqu’avec son don elle n’est pas une enfant normale, mais aussi sa sensibilité très primaire, comme l’amour inconditionnel d’une petite fille pour sa mère.

Le film progresse comme un mystère dont il faut percer le secret, pour comprendre la psychologie des personnages. Le mystère autour de Julia notamment. Pourquoi les locaux semblent aussi hostiles envers sa présence ? A-t-elle un lien avec le visage brûlé de Nadine (Daphné Patakia) ? Quelle est la nature de sa relation avec Joanne ? Tout cela se dévoile petit à petit, à travers différentes séquences où la jeune Vicky voyage à travers les souvenirs de sa mère et sa tante. Des scènes étonnantes, mais particulièrement bien chorégraphiées, explorant la limite entre le rêve et la réalité.

Le récit marche sur un fin équilibre entre une proposition de genre audacieuse, et des invraisemblances, ou entre des moments d’émotion et de malaise, mais l’atmosphère du film fait état de ce pas de côté, de ce qui sonne faux, ce qui permet de ne jamais vraiment franchir cette limite.

On peut évidemment s’interroger sur quelques points d’écriture, dans la mécanique du récit et de ses concepts, qui semblent confus, empêchant le métrage d’atteindre la promesse flamboyante de son affiche et plan inaugural, mais il reste tout de même très intéressant dans son exploration du fantastique (qu’on aurait peut-être aimé voir davantage) et son traitement des non-dits, des traumatismes, et de l’amour. Une vraie curiosité, qui s’impose comme une des œuvres les plus singulières de l’année dans l’hexagone.

Note : 3.5 sur 5.

Les Cinq Diables au cinéma le 31 août 2022.

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