Il fut une période où Space Jam semblait être un cas unique, un monstre bizarre et adoré des années 90 qui s’était frayé un chemin inopiné dans le cœur de multiples milléniaux et qui ne pourrait jamais être substitué. Il semble que même Michael Jordan et Bugs Bunny ne soient pas à l’abri de la fièvre du reboot nostalgique. En suppléant Jordan par James et en modernisant ses prémisses absurdes pour un public plus technophile, Space Jam : Nouvelle Ère est une repensée suffisante, mais peu inspirée, d’une pièce iconique de la culture pop des années 90, avec raisonnablement d’énergie pour apaiser les fans de l’original sans rien fournir de neuf. 

Après avoir par mégarde invoqué la rage d’un algorithme informatique vulnérable, Al G. Rhythm (Don Cheadle), Lebron James s’empresse de rassembler une équipe de basket-ball de haut niveau pour sauver son fils Dom (Cédric Joe) qui a été enlevé. En cours de route, il finit par solliciter l’aide de Bugs Bunny (VF. Gérard Surugue) et du reste des Looney Tunes (VF. Emmanuel Garijo, Michel Mella, Angèle, Patrice Dozier, Patrick Préjean et Benoît Allemane) alors qu’il passe d’une propriété intellectuelle de Warner Bros à une autre, à la quête d’une équipe apte à vaincre Rhythm et son équipe d’avatars imparables. Même s’il s’est écoulé 20 ans entre Space Jam et cette nouvelle réimagination, LeBron James est attendu au pied levé (jeu de mots) pour succéder à la performance bien-aimée, mais rigide, de Michael Jordan, surtout si l’on considère le débat LeBron vs Jordan GOAT qui fait rage depuis des années dans le milieu du basket. Les comparaisons préexistantes ne font que rendre Jordan plus difficile à suivre, mais LeBron a le mérite de livrer une performance satisfaisante qui correspond à ce que l’on peut attendre d’un athlète qui fait un rare passage à la comédie. Il possède des qualités comiques rafraîchissantes qui brillent de temps à autre lorsqu’on lui donne l’occasion de respirer. Il n’est pas Kevin Garnett dans Uncut Gems, mais il y a assez d’énergie dans sa performance pour agir comme un digne successeur du rôle original de Jordan.

La narration elle-même est tout aussi banale : une histoire sans fioritures qui, à la base, explore la tension entre un père et son fils et la pression que représente le fait de répondre aux attentes d’un parent. LeBron veut que Dom suive ses traces et joue au basket-ball, tandis que Dom veut se consacrer à la conception de jeux. Ce n’est pas exactement une réinvention, mais le vieil archétype prend une nouvelle lumière lorsque votre père est LeBron James et Cedric Joe fait beaucoup pour injecter de la vie dans une idée autrement banale. Surtout si l’on considère que LeBron n’a pas l’étoffe pour porter un arc émotionnel à lui seul, la performance de Joe vend sans aucun doute l’ensemble de la narration, donnant au jeune homme de 13 ans beaucoup d’espace pour briller. Al G. Rhythm sème ainsi la zizanie dans le duo père-fils. Il donne une tournure technologique plus moderne à l’histoire, ce qui correspond bien à l’aptitude de Dom pour le codage, mais rompt aussi le lien avec l’espace dans Space Jam, il n’y a pas d’extraterrestres, seulement des avatars mutants de joueurs de la NBA dans l’équipe adverse, moins de Space Jam et plus de Server Jam. En dépit de son nom, le personnage de Cheadle, Al G. Rhythm, est sans conteste l’un des points forts du film, grâce notamment à sa performance rafraîchissante et charismatique. Al G. est un personnage mince comme du papier que Cheadle aurait pu facilement banaliser, mais il donne tout ce qu’il a. Il est clair qu’il s’amuse, et le public n’a d’autre choix que de suivre. Son énergie et son enthousiasme (parfois presque excessifs) se marient bien avec les pitreries des Looney Tunes, ce qui en fait un méchant un peu fou.

Les Tunes eux-mêmes sont aussi amusants et fiables que d’habitude, mais ils n’ont pas vraiment l’occasion de briller, au lieu de cela, le film est plus intéressé par l’utilisation de l’importante banque de personnage Warner, en insérant des personnages reconnaissables dès qu’ils en ont l’occasion, à tel point que le film commence à ressembler à Ready Player One en termes de volume de personnages. Il est vrai que c’est justifié du point de vue narratif et que certains gags fonctionnent, comme celui de Sam le pirate qui remplace Dooley Wilson dans Casablanca (“Rejoue-le, Sam”), mais les injections constantes de personnages et de caméos sont si flagrantes qu’elles en deviennent agaçantes et fatigantes. Le manque de conscience de soi est particulièrement flagrant lorsque le pitch raté d’Al G Rhythm, qui a déclenché le film, était littéralement “et si on mettait LeBron James dans toutes les franchises que nous possédons ?” Au début, c’est tellement choquant qu’il est impossible de ne pas rire en voyant les Looney Tunes insérés numériquement dans des films comme Mad Max : Fury Road ou Game of Thrones, mais le gag s’essouffle assez vite, et lorsque le grand match arrive enfin, les spectateurs sur le banc de touche ne sont manifestement pas les acteurs originaux. Au lieu de regarder le terrain, vos yeux sont rivés sur les versions étranges de M. Freeze d’Arnold Schwarzenegger et de Dorothy du Magicien d’Oz.

Dès l’apparition de Bugs, le personnage sonne creux. Le légendaire dessinateur Chuck Jones a notoirement critiqué la représentation de Bugs en tant que joueur d’équipe dans le Space Jam original, faisant remarquer que le lapin aurait pu sauver la situation tout seul, en deux bobines, sans avoir besoin de faire appel à Jordan ou même à ses camarades (et ennemis) de dessin animé. Il ne fait aucun doute que Jones serait apoplectique devant la représentation que ce film donne du plus grand personnage comique de l’histoire de l’animation. Bergman fait de Bugs un sentimental pleurnichard qui semble toujours au bord des larmes lorsqu’il cède au désespoir et à la solitude. Le vieux goujat malicieux et malin a disparu, remplacé par un lâche tremblant et collant. Les autres dessins animés ne sont pas mieux lotis, la plupart étant relégués à l’arrière-plan, cédant effectivement la place à l’un des personnages les plus mineurs de Looney Tunes, Mémé, qui se voit attribuer des blagues répétées sur l’accomplissement de prouesses d’arts martiaux malgré son comportement doux et lent.

Même s’il ne parviendra vraisemblablement pas à atteindre la pertinence culturelle dont le Space Jam initial a persisté à maintenir plus de 20 ans après sa sortie, Space Jam : Nouvelle Ère fait un travail louable pour garder l’esprit de l’original sans se satisfaire d’exploiter la bonne volonté de son public, même si LeBron James n’est pas prêt d’ajouter un Oscar à son gigantesque palmarès.

Space Jam : Nouvelle Ère au cinéma le 21 juillet 2021.

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