[CRITIQUE] Beauty – Une fanfiction quelque peu flagrante de Whitney Houston

Beauty, le quatrième long métrage d’Andrew Dosunmu, est destiné à être le film le plus étrange de sa filmographie. Au départ, ce film est vaguement décrit comme l’histoire d’une jeune femme noire qui accède du jour au lendemain à la célébrité après avoir signé un contrat d’enregistrement destiné à faire d’elle une icône de la chanson. Le deuxième long métrage de fiction écrit par la polyvalente Lena Waithe (Queen and Slim) se révèle rapidement être une fanfiction quelque peu flagrante de Whitney Houston, réorganisée à la manière de A Star is Born, et dotée de tous les ornements caractéristiques d’une femme dont la sexualité a été réprimée de manière flagrante et dont l’identité raciale a été infâmement occultée avant une myriade de problèmes qui compromettraient sa carrière et finalement sa vie. Bien qu’il ne s’agisse pas techniquement d’un film sur Whitney Houston, mais plutôt d’une espèce d’univers parallèle où la chanteuse a été réimaginée en tant que Beauty, il est impossible de ne pas comparer cette fantaisie avec une réalité saturée par le mouvement culturel contemporain, ce qui a tendance à distraire. Véritable odyssée intime d’une personne qui tente de contrôler sa propre voix dont tous les autres veulent tirer profit, ce film est une sorte de réappropriation de l’art et de la culture, renforcée par l’aptitude photographique de Dosunmu à créer des images magnifiques et obsédantes.

Beauty (Gracie Marie Bradley) a été préparée par sa talentueuse mère (Niecy Nash) à suivre sa voie en tant que chanteuse. Lorsqu’une célèbre productrice de disques (Sharon Stone) vient lui proposer un contrat susceptible de changer sa vie, la mère de Beauty n’est pas sûre que sa fille soit prête, mais son père (Giancarlo Esposito) y voit des milliards. La vie à la maison est devenue un peu conflictuelle, avec des alliances internes construites autour de l’amitié/romance de Beauty avec sa meilleure amie Jasmine (Aleyse Shannon). Son demi-frère aîné Cain (Micheal Ward) est à la solde de son père, tandis que son frère Abel (Kyle Bary) se montre plus sympathique. Après avoir signé le contrat, Beauty se retrouve libre à New York pendant qu’elle enregistre son album, avant d’être présentée au public lors d’une performance dans l’émission d’Irv Merlin. La lente alchimie construite avec la Jasmine d’Aleyse Shannon, une incarnation de Robyn Crawford, est rabaissée par l’introduction bizarre de Sammy (Joey Bada$$), le spectre de Bobbie Brown. Shannon, qui incarne une menace similaire à l’hétéropatriarcat dans le remake de Black Christmas (2019) de Sophia Takal, finit par se sentir aussi neutralisé que Beauty (les tentatives bizarres de la famille de Beauty pour saboter leur relation font également un peu ringard). Trop de détails superficiels, comme un bar gay nommé Sinners, ou des frères nommés Caïn et Abel (ce qui équivaut à une famille chrétienne souhaitant nommer ses enfants Satan ou Lucifer) dérangent également.

Mais pour ce qui est de ses points forts, la complexité de l’interprétation de Niecy Nash et la malignité de Giancarlo Esposito se révèlent efficaces, même lorsque leurs caractérisations laissent penser qu’elle ne pourrait pas endurer les abus de son mari avec une telle désinvolture. Ensemble, ils nous font traverser la première heure. Une Sharon Stone captivante, conforme à la description de Clive Davis, s’empare de toutes les meilleures scènes, un peu à la manière de son Iris Burton dans The Disaster Artist. Magnifiquement filmé par Benoît Delhomme, à la fois pour ses séquences extérieures et intérieures (même un simple aperçu de Stone, couvert de fourrure, riant frivolement avec Bradley est succulent), il y a un sentiment palpable du New York du début des années 80. Des bribes de performances de Mahalia Jackson, Patti LaBelle, Judy Garland, Donna Summer, et une citation de Sarah Vaughan en ouverture, suggèrent le panthéon de femmes qui ont ouvert la voie à Beauty/Whitney, et fournissent un doux échantillon d’hommage.

À l’instar de Kim Stanley, dont on peut dire qu’elle est une copie de Marilyn Monroe dans La Déesse (1958), la Beauty de Dosunmu sera inévitablement liée à Whitney Houston. Évitant commodément les comparaisons vocales en renonçant à montrer des bribes de la capacité de chant de Beauty, c’est une étrange vitrine pour le pouvoir initialement libérateur et finalement corrupteur de la célébrité, que l’on soit ou non familier avec les sous-entendus pas si subtils.

Note : 2.5 sur 5.

Beauty sur Netflix le 29 juin 2022

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