[CRITIQUE] L’Effondrement – ode à la collapsologie

Lors de ce nouveau confinement, il est temps que vous découvriez la série créée, écrite et réalisée par Les Parasites : Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard et Bastien Ughetto (récemment vu dans Adieu Les Cons d’Albert Dupontel), gaiement nommée L’Effondrement. Celle-ci raconte la fin d’un monde, celui du monde occidental tel que nous le connaissons aujourd’hui et dont nous faisons partie. Ne vous y trompez pas, avant et après avoir regardé l’édifice, certains éléments de collapsologie, variante radicale de l’écologie dont s’inspire le show, sont déjà présents dans notre quotidien (extinction de la faune, destruction de la flore, pic pétrolier, etc…).

Forte d’une réalisation hors normes, totalement tournée en (faux) plan-séquence, l’œuvre part du postulat implicite que la société française, importatrice, ne peut plus subvenir à ses besoins en pétrole, déclenchant ainsi une réaction en chaîne dystopique mais réaliste et envisageable hors écran. Les effets qui s’ensuivent sont dévastateurs pour quiconque se croyant au-dessus de la nature et les conséquences n’en sont que plus dramatiques.

Copyright Les Parasites / Canal+

La puissance de la série réside surtout dans son humanité, magnifiée par une succession d’interprétations justes et exceptionnelles, notamment celles de Philippe Rebbot ou, à nouveau, Bastien Ughetto. Le contenu est de bout en bout (trois heures durant) d’un très haut niveau mais les épisodes 2 (La station-service) et 6 (La maison de retraite) viennent élever plus encore le propos, autant dans leur forme que dans leur fond. Une épaisse (peu nuancée) critique sociale est aussi à la base du récit : en période d’effondrement (ou de pandémie…), seuls les plus riches en pouvoir, en argent mais aussi en relations sociales survivent et peuvent se rendre vers l’Eldorado de la vie paisible. En toile de fond, brièvement, il est également question du rôle et du fonctionnement des médias (je vous renvoie au court texte de Pierre Bourdieu, Sur la Télévision, 1996), de la place qu’occupent les scientifiques dans notre société ou encore de la manière dont des substituts locaux de gouvernance remplacent un État ne remplissant plus ses rôles (sécurité, santé, éducation, etc…).

Copyright Les Parasites / Canal+

Cette série est à mettre aux côtés des films Soleil Vert (Richard Fleischer, 1973) et Les Fils de l’Homme (Alfonso Cuaron, 2006), portant tous deux sur la fin de la domination de l’être humain sur Gaïa (ou Terre). Alors que le premier nous rappelle d’apprécier chaque plaisir (air respirable, nourriture convenable et variée) procuré par Dame nature, le second nous questionne en qualité d’humanité sur notre avenir et le cap que nous souhaitons prendre vers celui-ci.

Dans des domaines autres que le cinéma, si le sujet de cette réflexion vous intéresse, je vous conseille les rapports transmis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et les écrits de Dominique Bourg, Jean-Marc Jancovici, Philippe Bihouix ou Grégory Derville. N’oublions pas également le classique Rapport du Club de Rome, publié en 1972, faisant encore aujourd’hui office de référence en la matière. Sur YouTube, n’hésitez pas à regarder les vidéos d’Arte, France Culture, Absol ou Game of Hearth traitant des enjeux écologiques.

Au final, L’Effondrement nous enjoint donc à plusieurs choses : consommer local et de saison, ne plus idolâtrer la voiture, ne pas être dépendant d’objets fonctionnant grâce à une tierce énergie, privilégier l’entraide (entre générations, aussi et surtout) et se battre pour plus d’égalité dans un monde où le chacun pour soi fait rage.

En ces temps de pandémie, il me reste quelques mots à vous écrire pour conclure ce texte mais avant tout, restons humains, profitons des joies simples de la vie, ses vicissitudes, comme tomber par hasard sur un morceau que l’on aime en écoutant la radio, passer du temps avec nos proches ou apprécier un bon repas. Soyons modestes, lisons des livres, ne nous enfermons pas dans le consumérisme et le matérialisme, privilégions les relations humaines, regardons le monde qui nous entoure et disons-nous simplement que le bonheur n’est pas bien loin.

L’Effondrement de Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard, Bastien Ughetto, 8 épisodes, 15 minutes – Disponible sur Canal+

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