[CRITIQUE] Rien à perdre & L’Été Dernier (Cannes 2023 – Jour 9)

Neuvième journée à Cannes avec les projections de Rien à perdre, de Delphine Deloget (Un Certain Regard), et L’Été Dernier, de Catherine Breillat (en compétition).

RIEN À PERDRE, Delphine Deloget

David Koska

Premier long-métrage de la réalisatrice Delphine Deloget présenté en sélection Un Certain Regard, avec Virginie Efira, India Hair et Félix Lefebvre. C’est l’histoire d’une mère célibataire dont le plus jeune fils est placé de force dans un foyer, à cause d’un accident domestique survenu lorsqu’elle travaillait. Un film intéressant où les services sociaux, pensant agir dans l’intérêt de l’enfant, causent davantage de problèmes et de misère dans cette famille que de bienfaits. Virginie Efira est encore une fois excellente, dans ce rôle de mère qui perd pied. L’écriture, très solide pour un premier film, traite très bien son thème, et parvient à le nuancer suffisamment pour que le spectateur soit en position de ne pas toujours approuver les actions de la mère, malgré la terrible injustice qu’elle subit. Un très joli film, avec quelques élans comiques qui contrastent avec le sujet très dramatique.

Rien à Perdre de Delphine Deloget, 1h52, avec Virginie Efira, Félix Lefebvre, Arieh Worthalter – Au cinéma le 22 novembre 2023.

L’ÉTÉ DERNIER, Catherine Breillat

Pyramide Films

Catherine Breillat n’était plus venue présenter un film à Cannes depuis longtemps. Elle revient cette année en compétition avec L’été dernier, une romance incestueuse entre un garçon de 17 ans et la femme de son père. Samuel Kircher, pour son premier rôle important au cinéma, peine à convaincre totalement, peut-être la faute à certains dialogues maladroits, mais s’il ne semble pas dénué de talent, on ne peut pas dire qu’il soit une révélation aussi évidente que son grand frère Paul pour l’instant. Léa Drucker en revanche est excellente, et très bien épaulée par Olivier Rabourdin, habitué des seconds rôles. Le traitement accordé à cette relation contraire aux bonnes mœurs suscite parfois le malaise, et c’est bien normal, mais l’engrenage psychologique dans lequel tombent les personnages est assez intéressant.

On pourra éventuellement reprocher à la réalisatrice de ne pas aller suffisamment loin dans l’exploration de ce désir illicite, et ne pas proposer de fin réellement satisfaisante, mais le film parvient à tenir en haleine avec ses personnages sur le fil, et grâce à une mise en scène subtile, surtout dans la manière de filmer les visages. Catherine Breillat avait déjà exploré une relation entre une femme adulte et un jeune garçon de 17 ans dans Brève Traversée, dans lequel elle traitait avec douceur la question de la différence d’âge. Ici, cette question est un peu éludée pour se concentrer sur la dynamique malsaine entre les deux protagonistes. En résulte un film certes pas au niveau de certains de ses précédents, mais pas inintéressant.

L’Été Dernier de Catherine Breillat, 1h44, avec Léa Drucker, Samuel Kircher, Olivier Rabourdin – Au cinéma le 20 septembre 2023

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