[CRITIQUE] La Colline où rugissent les lionnes – Vraiment des reines

La Colline où rugissent les lionnes de la réalisatrice franco-kosovare Luàna Bajrami exprime une vision de l’émancipation de la jeunesse. Qe (Flaka Latifi), Jeta (Uratë Shabani) et Li (Era Balaj) sont des adolescentes, ou des lionnes : elles aspirent et chassent pour la liberté, pour cette sensation sauvage d’adrénaline et pour être invulnérables contre tout et n’importe quoi. Leurs vies sont centrées sur la colline du film, un paysage kosovar rustique qui les attache à une maison qu’elles ont dépassée et dont elles veulent s’échapper, tout en les protégeant d’un monde extérieur peu sympathique.

Les images saisissantes du film, comme le clair-obscur moderne des pierres précieuses contre le calme d’un braquage nocturne, ou les trois filles fixant la caméra, ensanglantées et torse nu, constituent un choc déconcertant pour les images solaires pastelles de la vie du village. Ces images plus audacieuses envisagent un monde où ces jeunes femmes pourraient, par exemple, conduire une Jaguar volée sans se poser de questions. L’esprit de rébellion de Bajrami est cependant moins une antithèse aux traditions, contre la famille ou la culture, qu’une affirmation de l’indépendance naissante de ses héroïnes, qu’elles doivent bouleverser le rythme de leur vie afin de vivre librement et selon leurs désirs. Son utilisation fréquente de plans fixes les dépeint comme les lions éponymes d’une réserve, allant et venant dans le cadre, interagissant rarement avec le reste d’une société avec laquelle elles vont inévitablement s’aligner.

Protéger son territoire

Il y a un peu d’esbroufe stylistique dans ces séquences, parfois préoccupées par la composition photographique au détriment de la continuité naturaliste, un atout qui révèle la jeune expérience de Bajrami en tant que réalisatrice. Une énergie cathartique parcourt également le film, emblématique (comme c’est le cas pour de nombreux premiers films) de son identité personnelle brute. Néanmoins, La Colline où rugissent les lionnes se révèle souvent authentique et sincère, notamment dans la caractérisation de ses trois protagonistes. De même, Bajrami apprécie tendrement son cadre, décrivant avec soin la relation émotionnellement complexe des lionnes avec leur foyer. La réalisatrice elle-même apparaît dans le film, dans le rôle de l’un des deux personnages secondaires qui s’immiscent dans ces jeunes vies.

Bien qu’il soit en grande partie dépourvu d’intrigue, La Colline où rugissent les lionnes ne se résume pas à des chuchotements, sa sororité en roue libre, juxtapose férocement le désir et le défi : une enfance de rébellion dans laquelle l’amour et le crime ne sont pas des mondes à part. Son rythme traînant ne parvient peut-être pas à nous séduire avec le premier acte à peine esquissé de Bajrami, mais l’accumulation progressive de ses compositions alimentées par l’énergie solaire dans le rugissement résonnant des trois lionnes laisse une impression indéniable au moment du générique.

Note : 3.5 sur 5.

La Colline où rugissent les lionnes au cinéma le 27 avril 2022.

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