[CRITIQUE] Halloween Kills – Nous sommes tous des monstres

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Retour politiquement sanglant de Michael Myers dans nos salles de cinéma ! Le peuple en panique ! La mort à nos trousses ! Mélenchon en sueur ! Voilà le vaste programme que nous offre les 105 minutes de ce nouveau volet de la saga. Halloween c’est cette saga au tueur masqué iconique, née dans l’esprit de John Carpenter en 1978. Le film met en scène Michael Myers, surhomme et psychopathe muet, intuable, traquant sans relâche et tuant sans pitié ses victimes. Ainsi que Laurie Strode, survivante du massacre du premier film, qui n’aura de cesse d’être tourmentée par Michael. À la suite de nombreux volets, le personnage de Michael a pris en ampleur et en popularité, devenant l’une des figures les plus emblématiques du cinéma d’horreur jusqu’à nos jours. Les remakes de Rob Zombies des années 2000 ont donné un nouveau souffle aux personnages et à la mythologie d’Halloween. Avant de faire retomber la saga dans le silence pendant près de 10 ans, et de revenir de manière époustouflante en 2018.

L’inespérée bonne suite d’Halloween, réalisée par David Gordon Green, avait fait renaître Michael Myers en prenant comme pari de détruire toute la mythologie de la saga, et de faire une suite directe au premier volet, comme si rien n’avait existé. Le réalisateur s’était emparé des codes du slasher moderne, inspiré par Scream réalisé en 1996 (par le regretté Wes Craven) pour nous offrir un exercice de style convaincant sur la figure de l’increvable boogyman, face à Laurie « Terminator » Strode, vieille, torturée, et surtout bien décidée à en découdre, afin de régler ses problèmes de famille à grands coups de chevrotine. Le premier volet ayant été une formidable et inconcevable réussite, le réalisateur s’offre une suite en la présence d’Halloween Kills, deuxième volet de ce qui est déjà connu comme une trilogie. Et dont le dernier volet : Halloween Ends, sortira en 2022, toujours sous la direction de David Gordon Green.

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Halloween Kills s’ouvre directement sur la fin du précédent film. Mamie Laurie Strode, sa fille et sa petite fille ont enfin réussi à vaincre l’increvable tueur Michael Myers, en foutant le feu à la maison. Alors que ce dernier brûle, Laurie, le bide ouvert en 2, se vide de son sang sur le chemin de l’hôpital, les pompiers arrivent et décident d’éteindre l’incendie. Michael « 2 doigts en moins » Myers sort alors des flammes et entame son massacre en cette nuit d’Halloween 2018 pour notre plus gore plaisir ! Au grand détriment des survivants du premier massacre, devenus une bande de rednecks se prenant pour les Avengers, bien décidés à tuer Michael et à sombrer dans la paranoïa.

Que cherchons-nous devant un slasher ? Des personnages idiots, des prises de décisions hâtives et sans réflexion, un héros (ou une héroïne) fort décidé à ne pas se laisser tuer, un méchant iconique, et des meurtres, beaucoup de meurtres et de préférence inventifs. Sur ces aspects, Halloween Kills remplit le cahier des charges à la lettre. La promesse du titre est amplement respectée, Michael tue et il tue beaucoup, et par tous les moyens. De son iconique couteau de cuisine, en passant par la tronçonneuse, le pied-de-biche, la portière de voiture, et des tonnes d’armes et d’objets supplémentaires. C’est à cœur joie que le film enchaîne les séquences de massacre visuellement réussies. Dont l’aspect sonore ne fera que vous hérisser les poils des bras, face à toutes ces chairs entaillées et ces os brisés. Michael est le point fort du film. Gordon Green embrasse la mythologie du personnage afin de créer sa propre vision du tueur, qui est ici retranscrit en une incarnation de la peur. Le réalisateur mets en scène Michael depuis ses premiers meurtres en 1963. Dans des séquences à forts partis prit, jouant sur les codes du cinéma de genre des années 70, pour le meilleur comme pour le pire (bonjour les jumpscares audio qui n’ont aucun sens). Puis revient à notre époque, avec un style et une réalisation moderne, afin de faire face aux démons de notre société bien actuelle.

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Car oui, c’est ici que le film surprend le plus ! À la fois généreux en meurtres et en séquences visuellement gores. Il brille dans ses deuxième et troisième parties, en nous offrant un constat cinglant sur une Amérique et un peuple américain perdus. Que ce soit dans son manque de confiance en ses institutions, mais aussi au travers des combats de chaque personnages. Jusqu’au point de chercher le bouc émissaire de ce mal-être global, en la présence de la figure de Michael Myers. Le tueur devenant au fur et à mesure rempli d’une humanité plus juste que les autres personnages. Le film détruit nos repères, et nous mets face à notre propre humanité et à nos propres pulsions : qui sommes-nous face à cela ? Tuer c’est mal oui, mais qui est le plus monstrueux : celui qui tue sans raison, ou au nom de quelque chose ? Alors attention, le film reste un divertissement, et toute la portée politique et psychologique du film est apportée avec de gros sabots, aussi lourds que la démarche du tueur. Mais il est rare de constater qu’un film d’horreur a encore les moyens de vouloir faire réfléchir son spectateur tout en cherchant à la divertir. On ne peut que saluer la démarche du réalisateur.

En somme, c’est un film bien surprenant. À la fois divertissant et intelligent. Fun, doté d’esprit critique et d’un message fort. On est face à une œuvre hybride qui amuse autant qu’elle questionne. Le tout est appuyé par une réalisation forte et efficace, corrigeant une écriture lourde et très peu subtile, tant elle privilégie le message et la poésie macabre au détriment de la logique (oui c’est bien toi que je vise, scène finale improbable). Halloween Kills, est une œuvre incisive et ce, dans tous les sens du terme.

Note : 3.5 sur 5.

L’avis de la rédaction :

William Carlier

Cette suite est souvent frustrante, non pas que l’ensemble est tout à fait incohérent ou grossier, mais en ce qu’elle revisite (et pas nécessairement de la bonne manière) les scènes d’une saga entière. Michael Myers est terrifiant bien heureusement, et la bande originale agréablement bien réintroduite comme pour le précédent film de Gordon Green. Pour le reste, le scénario est assez prévisible, les personnages ne sont pas très bien écrits, et même si cela n’a jamais été la force de cette saga, cela fait peine à voir. Parce que le potentiel est présent, certaines scènes sont captivantes comme effrayantes, mais à l’arrivée, le tout donne quand même l’impression de redécouvrir une série B des années 90s… pour le pire comme le meilleur.

Note : 2.5 sur 5.

Louan N.

L’utilisation habile que fait Michael des tuyaux, des torches, des lampes et de tous les autres objets ménagers pour poignarder ou étouffer ses victimes élève l’expérience horrifique à un degré inquiétant, presque comme si les gens étaient massacrés dans leur propre maison. Oui, les massacres seront à la hauteur des attentes d’un public assoiffé de sang, mais leurs besoins intellectuels ne pourront être assouvis par une délimitation simpliste entre « seulement le bien » et « seulement le mal ». À travers l’anarchie, Myers devient le boucher du civisme, de la vendetta et de la brutalité américaine. Plus qu’une jouissive pluie d’hémoglobine, Halloween Kills frappe là où c’est aiguisé, opportun. Derrière le masque, l’humain, le monstre. David Gordon Green est encore trop imparfait pour obtenir le titre de successeur. Little John reste dans l’ombre de Big John, en y ajoutant des sous-textes modernes pertinents, peut-être trop appuyés.

Note : 3 sur 5.

Halloween Kills disponible à l’achat et à la location sur viva.videofutur.fr

Sortie le 20 octobre 2021.

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