[CRITIQUE] Carter – De l’action en séquences

Alors qu’il se prépare à faire ses grands débuts à Hollywood avec Afterburn, adaptation cinématographique de la bande dessinée du même nom avec Gerard Butler, Jung Byung-gil débarque sur Netflix avec un nouveau film d’action étonnant. Cinq ans après l’excellent The Villainess, titre qui a lancé en 2017 le nom de Byung-gil à l’international, l’auteur sud-coréen revient aux manettes pour une folie d’action inventive et sans aucune retenue cinématographique, destinée à rester dans les mémoires comme l’un des jalons orientaux du genre. Comme avec Mad Max : Fury Road, The Raid ou Hyper Tension, Carter se concentre également sur l’action et la virtuosité technique dans sa réalisation, portant à l’excès chaque principe régulateur du septième art et l’étirant à sa guise pour le manipuler avec une frénésie démesurée. La dynamique dans son contexte, les titres mentionnés ne sont pas un hasard : le nouveau film Netflix est en fait une sorte de croisement conceptuel entre l’idéal cinématographique du triptyque rapporté, où l’évasion, l’excitation et la folie jouent un rôle fondamental dans la dynamique de l’action, tant dans le contenu, que surtout dans la forme.

Bien qu’elle soit accessoire et alambiquée, l’histoire de Carter est conçue à partir de l’actualité, d’une pandémie originaire de la zone démilitarisée sud-coréenne qui a dévasté les États-Unis d’Amérique, l’Europe et la Corée du Nord. Le virus inhibe les freins liés au contrôle de la violence, rendant les victimes agressives et incontrôlables, les détruisant tant sur le plan physique que psychique et les conduisant à une mort certaine. Dans un tel contexte, l’agent Carter Lee se réveille sans aucun souvenir de son passé, avec un étrange dispositif planté à la base de sa nuque, une bombe explosive dans sa molaire droite et une voix féminine qui lui dit tout ce qu’il doit faire. Alors que la CIA et la Corée du Nord le traquent étroitement à la recherche d’un objet extrêmement important, Carter se lance dans une mission de survie et de sauvetage qui l’entraînera d’une chambre de motel miteuse à la forêt sud-coréenne et au-delà pour sauver sa vie, malgré le monde entier. La plume est celle de Byung-gil qui s’est toujours occupé à la fois du scénario et de la réalisation de ses projets, en somme un auteur complet, sans oublier ses notions de photographie et de montage. Chaque rebondissement dans l’intrigue de l’histoire n’est qu’un prétexte pour lancer le combat suivant, d’ailleurs souvent inutilement dialogué pour les besoins d’une veine espionnage-thriller pas assez convaincante, trop simple et clairement prétexte. Cela fonctionne dans la limite de son dispositif, mais là où Carter surprend et exalte vraiment, c’est évidemment dans le secteur de l’action, et c’est là que les choses sérieuses commencent.

S’appuyant sur son expérience passée avec The Villainess, l’auteur sud-coréen nous offre une expérience cinématographique véritablement palpitante, riche en adrénaline et en rebondissements. Carter est entièrement structuré sur un plan séquence numérique de plus de deux heures, composé de nombreux plans différents qui, une fois assemblés, donnent l’idée d’une course impossible entre immeubles, motos, voitures et hélicoptères. Par rapport au film précédent, conscient de la complexité de la trame cinématographique du projet, Buyng-gil a dû opter pour des choix manifestement moins coûteux, notamment en ce qui concerne certains passages en CGI (parfois c’est malheureusement mauvais) qui brisent effectivement la suspension d’incrédulité du spectateur. Pas si mal, en vérité, car Carter est un film conçu pour vaincre la crédibilité et jouer entièrement et intérieurement avec le genre, en le mettant à l’épreuve. Et dedans, il y a vraiment tout : de l’utilisation du subjectif et de la go pro comme dans Hardcore Henry à une utilisation habile des drones à l’intérieur et à l’extérieur de l’action, à la fois comme outil narratif comme fonction de connexion entre les pièces. Il y a aussi beaucoup de travail à la steadycam (également en partie numérique), surtout dans les combats rapprochés à mains nues, toutefois c’est la combinaison de toutes ces techniques élaborées pendant la phase de montage qui fait de Carter un bijou vraiment agité et spectaculaire, rempli de nombreux zooms rapides, de mises au point en temps réel, de subjectivités qui laissent place à de longs plans soudains, d’accélérations et de décélérations continues, de sauts incalculables. C’est un voyage fomenté et hallucinant entre technique et chorégraphie, entre des combats à couper le souffle, des poursuites et des fusillades saisissantes et la mise en scène exceptionnelle d’un auteur de genre parmi les plus importants du moment.

Carter de Jung Byung-gil est sans nul doute une expérience cinématographique aussi impressionnante qu’exaltante, fruit d’un idéal d’action qui cherche la virtuosité et la sensation dans chaque séquence possible et impossible. Malgré un goût un peu cheap (peut-être obligatoire) dans certains moments de CGI et une histoire inutilement complexe dans ses intrigues secondaires, Carter exacerbe le code stylistique de l’auteur dans un plan séquence numérique de deux heures où la technique et son inventivité le placent au rang de maître, palpitant sans le moindre compromis. Un véritable rendez-vous incontournable du genre.

Note : 3.5 sur 5.

Carter sur Netlfix le 5 août 2022

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