Avec l’essor des technologies de l’information, nous sommes également entrés dans l’ère des réseaux sociaux et donc dans l’ère du nouveau moi, qui est à un moindre degré évalué par l’individu, mais par un large public. Les blogs de beauté ainsi que la demande croissante et économiquement légitimée de s’optimiser, les sociétés qui ont tendance à évaluer une personne en fonction de son apparence extérieure ont maintenant trouvé la plate-forme idéale pour s’engager dans cette entreprise, conduisant peut-être à une société moins tolérante et plus conformiste… Récemment, des œuvres ont tenté de mettre la lumière sur la relation de plus en plus problématique entre une société superficielle, la tradition et le patriarcat. Dans son film d’animation Beauty Water, Cho Kyung-hun traite de thèmes similaires, mais utilise un cadre de genre pour explorer davantage les interconnexions des médias sociaux, son obsession pour la beauté et la façon dont elle change la perception de l’individu.

Depuis que son rêve de devenir danseuse de ballet s’est arrêté, Yaeji s’est installée derrière la renommée des autres et a accepté un emploi de maquilleuse pour Miri, l’une des stars les plus en vue de Corée du Sud. En raison de son obésité, elle est également victime d’intimidation fréquente de la part de Miri, qui pense qu’elle est dégoûtante, mais aussi des gens ordinaires qu’elle rencontre dans la rue et même de ses parents, ou du moins c’est ce qu’elle ressent. De plus, après avoir dû intervenir en tant que figurante dans l’un des tournages de Miri, elle est ridiculisée en ligne, ce qui fait que Yaeji s’enferme dans sa chambre pendant des mois, tandis que ses parents essaient désespérément de la faire sortir. Un jour, elle reçoit un e-mail pour Beauty Water, une lotion qui est censée rendre votre peau suffisamment souple et lisse pour que l’on puisse la former selon ses envies. Désespérée de changer d’apparence, Yaeji l’essaie et est surprise car son visage a en effet changé pour le mieux. Son désir de changer également le reste de son corps la pousse à commander plus de Beauty Water et à changer son nom pour s’éloigner davantage de son ancien moi obèse. Cependant, sa beauté a un prix, pas seulement financier.

Bien que vous puissiez être tenté de penser le corps et le moi comme une unité, dans une société de plus en plus superficielle, cette notion est loin de la réalité. Le script de Lee Han-bin entre dans le sujet, montrant comment les regards et les commentaires des autres creusent le fossé entre soi et le corps, ce qui a conduit le personnage à se donner un nouveau nom adapté à son nouveau corps. L’ancien moi, qui est encore quelque part en elle, devient ainsi le vrai monstre, l’ennemi qu’il faut vaincre, une entité aux yeux rouges et dévorante de son cauchemar. Dans Beauty Water, l’obsession de la beauté coïncide avec une obsession du corps, ou plus précisément, le corps devenant l’ennemi de l’image de soi dont on rêve. Au fond, Beauty Water est un véritable body-horror, comparable aux premières œuvres de réalisateurs tels que David Cronenberg. Même si aucun parasite ne pénètre dans le corps de la protagoniste, elle permet de changer son corps, le façonne en une forme qui est paradoxalement à la fois son image de soi, mais aussi les images que le public trouve attrayantes. Cho Kyung-hun montre comment l’obsession de la beauté provoque un désordre psychologique, un fétiche problématique avec son corps qui a constamment besoin d’« entretien » ou d’« optimisation », devenant ainsi un autre « mur invisible » pour le personnage car chaque corps a ses limites.

Beauty Water est une entrée intrigante dans le sous-genre du body-horror. Partant d’une prémisse intéressante, le réalisateur explore la relation entre la beauté et soi-même, faisant une déclaration provocante d’une tendance, qui ne se limite pas à son pays d’origine mais dont les répercussions se font sentir partout dans le monde. Le long-métrage brille par son sous-texte mais il est néanmoins très limité par son animation simpliste, trop humble. 

Beauty Water en hors compétition au 28e Festival international du film fantastique de Gérardmer et n’a pas encore de date pour la France.

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