[CRITIQUE] A Good Man – (Very) Bad Cinéma

[CRITIQUE] A Good Man – (Very) Bad Cinéma

9 novembre 2021 0 Par Louan N

A Good Man est un autre exemple de casting irréfléchi qui vise à obtenir des récompenses avec l’actrice cisgenre Noémie Merlant dans un rôle transgenre. Ce serait une chose pour un réalisateur cisgenre de porter à l’écran une histoire transgenre s’il avait un acteur transgenre dans le rôle trans. Mais ce n’est certainement pas le cas ici. Pas du tout. Ce qui est encore plus insultant, c’est que le coscénariste du film, Christian Sonderegger, a un frère transgenre. Le fait même qu’une femme cisgenre joue le rôle d’un homme transgenre est très révélateur. Une personne transgenre va certainement se sentir insulté en découvrant ce film, c’est même certain.

Benjamin (Noémie Merlant) et Aude (Soko) veulent avoir un enfant mais Aude n’arrive pas à le concevoir. L’essentiel de cette partie du film n’est pas si dérangeant que cela, mais l’exécution du film l’est. Tout d’abord, le casting : PLUS JAMAIS DE FEMMES CIS EN TANT QU’HOMMES TRANS. C’est là que le film me perd. Aucune quantité de maquillage ou de cheveux supplémentaires sur son visage ne me fera changer d’avis. Ce n’est pas comme dans Les Heures sombres où l’on sait que Gary Oldman joue Winston Churchill avec tout le maquillage et les prothèses. Savoir qu’une femme cis joue le rôle de Benjamin, c’est tout ce que je verrai pendant le reste du film. Ce ne serait certainement pas le cas si un véritable homme transgenre jouait le rôle. Ce serait un même un peu mieux s’ils choisissaient un homme cisgenre, bon sang ! Un autre terrible défaut que le film commet ici est celui des flashbacks. C’est surtout là que Merlant est nécessaire. Cependant, même à ce stade de la chronologie, Ben savait qu’il n’était pas une fille. Vous ne le sauriez pas en voyant la présentation du genre.

L’incohérence en une image.

Dans le dossier de presse, Marie-Castille Mention-Schaar cite l’Oscar remporté par Hilary Swank pour sa performance dans Boys Don’t Cry de Kimberly Peirce : « Il s’agit probablement du film le plus regardé par les jeunes hommes transgenres, sans doute parce qu’il est d’une précision si frappante qu’ils s’y reconnaissent. Grâce à ce film et à son actrice principale, la visibilité de la communauté transgenre a considérablement augmenté. » Attendez une minute. Si il cite Boys Don’t Cry comme une influence, il devrait mentionner comment la journaliste Donna Minkowitz s’est excusée pour avoir bâclé l’histoire de Brandon Teena. La même histoire qui a influencé le cadrage anti-trans de ce film. Je cite, « Pendant des années, j’ai voulu m’excuser pour ce que je comprends maintenant, avec une certaine honte. Sans l’expliciter, l’article présentait Brandon comme une lesbienne qui détestait « son » corps en raison d’expériences antérieures d’abus sexuels et de viols dans son enfance. » Le fait que l’acteur transgenre Jonas Ben Ahmed joue un rôle tertiaire ne suffit pas à sauver ce film. C’est loin d’être le cas. Le fait que la réalisatrice ait également choisi de faire jouer un acteur transgenre dans un rôle cis serait appréciable s’il n’y avait pas eu la décision de faire jouer une femme cis dans un rôle de transgenre. Le casting d’une femme cis ne rend pas service à l’Europe. Il ne sert qu’à renforcer les horribles stéréotypes selon lesquels les gens ne considèrent pas les transgenres comme des hommes. Au contraire, ils considèrent les hommes trans comme des femmes, parce que les hommes trans ne sont même pas assez bien pour le rôle.

Merlant fait sa Jumbo.

Il ne m’a pas échappé que Noémie Merlant joue dans ce film le rôle d’un homme transgenre. L’année dernière, l’actrice a reçu beaucoup d’amour sur Internet pour son rôle de lesbienne dans Portrait de la jeune fille en feu. Et voilà qu’elle choisit de signer pour ce rôle, pourquoi ?! Il n’est pas si difficile de refuser un rôle. Ce n’est vraiment pas difficile. Surtout qu’après être honteusement transformée physiquement, Marie-Castille Mention-Schaar décide de lui rajouter un filtre audio dès lors qu’elle parle. Une vieille transformation Audacity. Je crois qu’il y a des histoires de transgenres qui valent la peine d’être racontées, mais A Good Man bâtit horriblement toute chance de succès à cause de son casting, de ses idées de « mise en scène ». Fallait pas attendre un travail de finesse et d’intelligence de la réalisatrice de Bowling, cela-dit.

Note : 0.5 sur 5.

A Good Man au cinéma le 10 novembre 2021.

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