[DOSSIER] Gareth Edwards, géant du flottement (Monsters, Godzilla, Rogue One)

[DOSSIER] Gareth Edwards, géant du flottement (Monsters, Godzilla, Rogue One)

8 mai 2022 0 Par Enzo D

Deux silhouettes observent ensemble une créature titanesque au loin. Qu’elle soit un extra-terrestre, une créature antique ou un monstre de métal, cela n’a pas d’importance. Ici la mise au point est sur les personnages au premier plan. Avec ce « Signature Shot » Gareth Edwards instaure immédiatement un geste, une forme de testament de l’ensemble de sa filmographie : mettre ses personnages sur le devant de la scène tandis que les créatures destructrices de civilisations ne sont qu’un contexte. Le cinéma de Gareth Edwards c’est seulement trois œuvres mais qui chacune à leurs manières traitent des mêmes sujets : Monsters, ou les deux protagonistes doivent traverser un territoire infesté d’extraterrestre gigantesques, Godzilla ou une famille tente de se réunir pendant que des monstres titanesques s’affrontent et enfin Rogue One, spin-off de la saga Star Wars dans laquelle un petit groupe de rebelles tentent de voler les plans de l’immense étoile noire. A travers seulement trois films Gareth Edwards a su imposer sa patte très particulière et peu importe le contexte, d’un condensé de « Cinéma Guérilla » à un blockbuster de Disney en passant par un remake de la Toho, voyageons ensemble dans son univers, entre monstres et humanité.

Il faut sauver le soldat Ryan

En 2010 avec Monsters, Gareth Edwards se retrouve à devoir réaliser une histoire ambitieuse avec un budget de seulement 500 000 dollars. Un budget limité permet souvent de révéler si un réalisateur sait être inventif ou non, ça a était le cas pour Steven Spielberg avec Amblin’ et Duel et ça l’a également était pour Edwards avec ce Monsters. Ce « cinéma guerilla » fait que dans Monsters de nombreux plans sont filmés sans autorisation tandis que les figurants sont tous simplement des amis ou la famille des techniciens. Une équipe de techniciens composées de moins de dix personnes qui a su créer ce petit chef-d’œuvre à eux seuls, c’est ça le « cinéma guerilla ». Cette limite force le jeune réalisateur britannique a trouvé d’autres moyens pour filmer les monstres de son œuvre. Il ne peut pas les filmer frontalement car le manque de budget serait alors fragrant et il doit utiliser toutes sortes de techniques pour les rendre moins visible.

Le spectre d’Hiroshima

Il utilise donc des caméras de visions nocturnes portés par des militaires ou alors en faisant apparaitre les monstres au cœur d’un orage, les éclairs les rendant visibles par instants. Une technique régulièrement utilisé pour filmer des monstres et des créatures de toutes sortes tout en les rendant plus impactante. C’est notamment ce que fait Guillermo Del Toro dans son Pacific Rim, où les monstres de fer et les kaijus gigantesques s’affrontent la plupart du temps durant des tempêtes. Une manière d’ingénieuse de laisser des zones d’ombres et donc de faire marcher l’imagination du spectateur, soit le plus grand moteur à angoisse possible. Cette technique à tant marcher qu’Edwards l’a réutilisée dans son Godzilla en 2014. Et pourtant il bénéficiait cette fois-ci d’un budget bien plus conséquent, plus de 160 millions de dollars, alors on sait que ce n’est plus une question d’argent mais d’intention artistique : Edwards aime cacher ses créatures dans l’ombre. Les rares moments ou il les laisse apparaitre à l’écran sont alors d’autant plus impressionnants et captivants, on pense forcément à la dernière séquence de Monsters, au climax de Godzilla ou encore au grand final de Rogue One.

Monsters se rapproche plus du film d’amour que du film de monstres

En fait les scènes les plus impressionnantes chez Edwards ne sont pas celles qui font appel au spectaculaire et au gigantisme. Ce sont plutôt ces moments de calme ou le cinéaste britannique laisse de la liberté a ses personnages. Dans Monsters c’est donc ce duo composé de Scoot McNairy et de sa compagne (à l’écran comme à la vie) Withney Able qui nous donnent les plus belles scènes. Des moments de flottements qui tiennent plus du road-movie que du film de monstres. Même chose dans Godzilla, ou Edwards arrive à faire une œuvre qui oscille entre le film de monstres et le drame familial. Bien évidemment il n’oublie pas de réaliser un film sur Godzilla, et toute la métaphore atomique qui va avec : regardez la toute première bande annonce du film ou un discours de Robert Oppenheimer (l’inventeur de la bombe atomique) est prononcé. Et les cicatrices chéloïdes sur le corps du monstre, rappelant les blessures des survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, Gareth Edwards ne diminue pas la mythologie instaurée par la Toho : il lui redonne un nouveau souffle.

La chute d’Icare

Un esprit plus humain et plus émouvant, en passant par le drame. Si la scène d’introduction marche aussi bien c’est parce qu’on croit justement dans cette famille. Les personnages ne sont pas motivés par la recherche scientifique ou par l’envie de détruire Godzilla, ils le sont tout simplement par des émotions primaires comme l’amour ou le deuil. Avec son cinéma Gareth Edwards a montré qu’on pouvait insuffler des émotions sans devoir passer par des intrigues aux enjeux planétaires. Et son meilleur exemple reste sans doute son dernier film en date : Rogue One, A Star Wars Story. La saga de Georges Lucas à toujours (en tout cas pour la trilogie originale) placée la famille et l’amour devant le devoir de sauver l’univers. Et c’est pour ça qu’on aime Star Wars pour ses personnages, pour l’émotion qu’ils dégagent et pour tout le tragique que créer la famille Skywalker. Dans Rogue One les personnages principaux n’ont pas l’envie de sauver le monde, l’élément moteur est une fois de plus la famille et les relations entre les personnages. La protagoniste Jyn Erso s’engage avec les rebelles dans l’objectif de retrouver son père et ça bien plus d’impact que de simplement sauver l’univers.

Gareth Edwards est l’un des cinéastes qui manipulent le mieux les échelles.

Cet impact, le spectateur le ressent car il peut s’identifier à des enjeux simples contrairement aux quêtes pour sauver l’univers qui semblent bien plus inaccessible. Gareth Edwards l’a compris dès 2010 et il n’a jamais cessé de partager sa vision du cinéma, même dans des machines gigantesques comme Disney. C’est quoi le cinéma de Gareth Edwards ? C’est un cinéma qui aime comparer les échelles. Ce sont des œuvres qui rendent leurs émotions aux personnages. Et dans un paysage de blockbusters tous plus lisses les uns que les autres, laisses des instants de flottements ça fait du bien. Gareth Edwards c’est un cinéma qui sait être spectaculaire mais également des films qui savent souffler. Ces instants où une œuvre respire, ce sont mes préférés dans ces trois films.

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