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[CRITIQUE] She Will – Panser les plaies

She Will conte l’histoire de Veronica, une actrice âgée, qui s’en va en retraite dans la campagne Écossaise passer du temps pour se rétablir d’une double mastectomie, accompagnée d’une jeune infirmière. 

Cependant, le séjour ne sera pas tout à fait de repos. En effet, elle est tourmentée par le retour dans les médias du réalisateur de Navajo Frontier (le film qui l’a révélée plus jeune), avec un projet de suite, dont le casting d’une nouvelle jeune femme a des effets néfastes sur Veronica. Le traitement médiatique est assez sexiste, mettant en avant la personnalité du réalisateur (incarné avec aplomb par Malcolm McDowell), alors qu’il est vieux et qu’il recycle un projet datant de plusieurs décennies, tandis que le vieillissement de Veronica est montré comme une mort artistique et que les castings sont ouverts aux jeunes filles pour reprendre son rôle. 

© Slug Love Films Ltd 2022

Il semblerait également que le réalisateur l’ait abusée à l’époque, où du moins qu’il ait profité de sa position et de son âge pour se rapprocher d’elle, encore mineure. Le voir ainsi mis en valeur, pendant sa période de convalescence pèse d’autant plus sur son moral. Néanmoins ce sentiment de vengeance va prendre corps à travers la sorcellerie, puisque l’on va se rendre compte, à travers divers rêves et visions, que le décor qui l’entoure fut le théâtre de terribles exécutions de femmes accusées d’être des sorcières.

Peu à peu, Veronica prend le chemin de la guérison à travers une reconnexion avec le pouvoir de la Terre, de la Nature, et lui permettra d’accepter son nouveau corps et ses cicatrices, et ainsi se défaire de ses traumatismes passés. Une revanche sur la vie et le patriarcat mis en scène avec élégance, et portée par la superbe performance d’Alice Krige.

© Slug Love Films Ltd 2022

Charlotte Colbert, pour son premier long-métrage fait état d’une certaine maîtrise esthétique, notamment dans le travail atmosphérique et des scènes oniriques, conférant une certaine transe spirituelle au film. Elle se distingue également dans la manière de filmer son actrice principale et son corps, vieillissant et abîmé, d’une manière très douce et digne, alors que beaucoup de cinéastes s’en seraient emparés comme artifice horrifique. 

On retrouve Dario Argento à la production, qui a rejoint le projet après la projection au festival de Locarno, et ce n’est pas très étonnant puisque le cinéaste a pas mal travaillé sur la figure des sorcières dans sa filmographie. On peut également trouver des similitudes dans certaines scènes avec Malcolm McDowell où la caméra se déplace de manière fantomatique, rappelant les vues subjectives d’Opéra

© Slug Love Films Ltd 2022

La bande-son de Clint Mansell arrive parfaitement à sublimer les images et s’associe très bien à l’atmosphère parfois fiévreuse et onirique du film.

She Will est un premier long-métrage solide, peut-être un peu trop évasif sur son contexte, mais suffisamment riche dans les thématiques, prenant visuellement pour convaincre, et susciter de l’intérêt au futur parcours de sa réalisatrice.

Note : 3.5 sur 5.

She Will au cinéma le 30 novembre 2022.

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