[CRITIQUE] L’Origine du Mal – Une jubilation de la cruauté

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Dans une luxueuse villa en bord de mer sur l’île de Porquerolles, Stéphane une femme de milieu modeste tente de nouer des liens avec son père, très riche, qu’elle n’a jamais connu, mais l’intégration dans cette étrange famille ne sera pas aisée. L’épouse fantasque, sa fille, une femme d’affaires ambitieuse, une ado rebelle ainsi qu’une inquiétante servante, se méfient d’elle, et font preuve d’une animosité étrange avec le père.

Troisième long-métrage pour Sébastien Marnier, après des débuts prometteurs sur Irréprochable, et une franche réussite sur L’Heure de la Sortie, un film inquiétant croisant Take Shelter et le cinéma de John Carpenter. L’Origine du Mal est un film choral, avec une galerie de personnages tous très bien caractérisés, et interprétés avec brio par cette troupe de comédiennes entourant Jacques Weber. Dominique Blanc est particulièrement étonnante, dans un rôle de bourgeoise pétillante et acheteuse compulsive. 

© Laurent Champoussin

Sébastien Marnier sert à ses comédien(ne)s des dialogues ciselés, occasionnant quelques punchlines jouissives et hilarantes. Un humour cynique, qu’on ne lui prêtait pas vraiment dans ses deux précédents films, mais qui fonctionne ici à merveille, avec cette famille composée de personnages cruels. Cependant, le cinéaste parvient à trouver un bel équilibre entre cet humour grinçant, et une certaine tension, voire des moments de malaise.

Il est intéressant de voir que la thématique du rapport à l’identité du personnage principal est poussée encore plus loin que dans Irréprochable. L’Origine du Mal débute par un long plan dans un vestiaire féminin, faisant écho à celui dans Carrie de Brian De Palma, puis construit méticuleusement ce jeu de dupes, où la perception du spectateur sera mise à l’épreuve, ne sachant pas vraiment à qui faire confiance.

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© Laurent Champoussin

Sébastien Marnier poursuit la filiation avec le cinéma de De Palma à travers quelques split-screens savamment orchestrés, mais semble particulièrement proche ici d’un thriller familial comme Claude Chabrol aurait pu le faire. Le décor de cette immense maison est très touffu, ressemblant presque à une jungle vénéneuse prête à avaler ses proies, et le réalisateur prend un malin plaisir à filmer tous ses recoins et ses accessoires extravagants, dont l’étrangeté est sublimée par l’utilisation d’objectifs anamorphiques.

À noter que dans chacun de ses trois longs-métrages, le cinéaste a un vrai sens de la scène finale, et du dernier plan. Savoir précisément sur quelle image terminer son film pour rendre la fin impactante n’est pas donné à tout le monde.

Une grande jubilation de la cruauté émane de L’Origine du Mal, et Sébastien Marnier arrive encore une fois à proposer un film singulier, qui ne ressemble à aucun autre dans le paysage cinématographique Français actuel.

Note : 4 sur 5.

L’Origine du Mal au cinéma le 5 octobre 2022.

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