[CRITIQUE] The Zone Of Interest, May December & Killers of the Flower Moon (Cannes 2023 – Jour 4)

Pour cette 4ème journée, on revient sur les projections de The Zone of Interest de Jonathan Glazer (en compétition), Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese (Hors-Compétition), et de May December de Todd Haynes (en compétition).

THE ZONE OF INTEREST, Jonathan Glazer

© Bac Films

Dix ans après la sélection en compétition de son précédent long-métrage, le troublant Under the Skin2014, Jonathan Glazer revient avec The Zone of Interest, un film se concentrant sur la famille d’un commandant nazi du camp d’Auschwitz. Cette famille vit avec leur maison placée contre les murs du camp, duquel on distingue les clôtures et les cheminées… Glazer opte pour une approche froide, et dépeint cette famille comme s’ ils travaillaient pour une usine quelconque. La mise en scène est précise, avec beaucoup de plans larges, rendant compte de l’espace dans lequel se trouvent les personnages. C’est là tout le sel de la démarche du cinéaste : contenir toute l’horreur du film dans le hors-champ. Souvent avec l’utilisation du son, on entend en fond des cris, des passages à tabac, des ordres d’une cruauté sidérante… La manière de cadrer la maison, le jardin, avec le camp en arrière plan est assez saisissante, contrastant avec la trivialité des activités de la famille (observer les fleurs du jardin, faire une pool-party…). Même les choix de cadres de la maison vue de l’extérieur sans vision du camp est finalement le symbole de l’horreur que cette famille choisit d’ignorer, de banaliser. L’atmosphère du film se veut parfois douce, dans les moments intimes des personnages, mais évidemment pesante par son contexte.

Si l’approche de Jonathan Glazer pourrait être comparée à la froideur clinique d’un Michaël Haneke, on reconnaît bien son style, ses compositions de cadres, ses idées flirtant avec le cinéma expérimental, et sa façon de mettre en place une tension, une inquiétante étrangeté sous-jacente. Un sérieux candidat à la Palme, qui doit absolument figurer au palmarès.

The Zone Of Interest de Jonathan Glazer, 1h46, avec Sandra Hüller, Christian Friedel, Ralph Herforth – Prochainement

KILLERS OF THE FLOWER MOON, Martin Scorsese

© Imperative Entertainment

Plus de trois ans après son point final sur les films de gangster avec The Irishman2019Martin Scorsese embarque à nouveau son ami Robert De Niro, ainsi que son fidèle collaborateur Leonardo DiCaprio pour adapter à l’écran Killers of the Flower Moon, le roman de David Grann. On s’intéresse ici à une série de meurtres dans les années 1920 au sein de la communauté des Osages en Oklahoma, après que des puits de pétrole aient été découverts sur leurs terres. Le cinéaste poursuit un commentaire sur l’histoire sanglante de son pays, en mettant en lumière ici ce qu’ont pu subir les Osages au nom du capitalisme (blanc) américain. 

Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese, 3h26, avec Leonardo DiCaprio, Robert De Niro, Jesse Plemons – Au cinéma le 18 octobre 2023

MAY DECEMBER, Todd Haynes

© May December Productions 2022 LLC

Todd Haynes, réalisateur de Carol2015 et Dark Waters2019 présente son nouveau long-métrage en compétition, May December, dans lequel Natalie Portman incarne une actrice devant jouer dans un film sur la vie d’une ancienne prof de collège (Julianne Moore) ayant quitté son mari pour un garçon de 13 ans au début des années 90. Ici, le cinéaste, sans porter de jugement moral sur ses personnages, dénonce la presse à scandale et le système de sensationnalisme à outrance des médias américains, y compris la télévision. Fait troublant, Haynes utilise un réarrangement de la musique de Michel Legrand pour le film Le Messager1971, qui depuis est connue en France pour être celle du générique de l’émission Faites entrer l’accusé. Si le réalisateur ignore cette information, c’est tout de même un parallèle amusant puisque cette émission se concentrant sur des faits divers criminels entretient un lien avec le sujet du film, puisque le personnage de Gracie avait fait de la prison pour relation illicite avec un mineur.

Son utilisation de la musique est volontairement grossière, parodiant des effets dramatiques ridicules digne des plus mauvais soap operas. Parfois proche du thriller érotique, Todd Haynes semble s’amuser avec ses personnages troubles, déconnectés des bonnes mœurs, de même que ses brillantes comédiennes sont au diapason de cette comédie dramatique grinçante, entre Persona1966 et All About Eve1950. Un film peut-être pas assez jusqu’au-boutiste pour être brillant, mais il est suffisamment ambigu et drôlement cynique pour rester divertissant.

May December de Todd Haynes, 1h53, avec Natalie Portman, Julianne Moore, Charles Melton – Prochainement

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