[CRITIQUE] Jeanne du Barry – Ça sent culotte

Cannes a acquis la réputation d’inaugurer son festival avec des films de qualité médiocre, et Nicole Kidman dans le rôle de Grace de Monaco en est l’un des principaux exemples. Le festival a souvent privilégié les films glamour (comme Gatsby le magnifique) et a eu tendance à favoriser les productions françaises. Le film de Maïwenn, Jeanne du Barry, coche les cases du glamour et de l’origine française, mais ne se démarque pas vraiment.

L’intrigue du film suit l’héroïne éponyme (jouée par Maïwenn, qui est également la réalisatrice) depuis son enfance paisible en tant que fille illégitime d’un frère et d’une cuisinière, jusqu’à son ascension à Versailles et à la cour de Louis XV (incarné par Johnny Depp, sans doute soulagé de changer de sujet par rapport à son ancien mariage). Élevée dans un couvent sur l’ordre bienveillant de l’employeur de sa mère, Dumonceaux, elle devient une lectrice passionnée d’œuvres qui ne conviennent certainement pas à cet environnement. Finalement, elle est inévitablement expulsée. Toutefois, comme le suggère la voix off du narrateur, “les femmes qui n’ont rien ne sont-elles pas prêtes à tout ?” Jeanne répond affirmativement à cette question en se lançant avec enthousiasme dans une vie de prostitution, jusqu’à sa rencontre avec le comte Jean du Barry (Melvil Poupaud), qui l’introduit dans sa maison, puis avec Louis XV, qui est instantanément séduit. Jeanne est ensuite convoquée à Versailles et sa vie de courtisane royale commence.

© Stéphanie Branchu / Why Not Productions

Cependant, c’est à partir de son arrivée à Versailles que le film commence à perdre en qualité. Les filles de Louis XV semblent tout droit sorties de l’histoire de Cendrillon : cruelles, peu attrayantes et amères. Seuls les détracteurs de Jeanne font preuve de racisme et de cruauté lorsqu’elle se voit offrir un garçon noir originaire du Bengale par le roi. Et bien que la réalisatrice ait clairement l’intention de célébrer le mépris de Jeanne pour les règles de la cour – en soutenant le regard du roi, en s’habillant en homme, en arborant des tenues extravagantes et en courant – cela devient rapidement lassant. Cependant, il faut noter que le film est visuellement magnifique, avec des costumes fabuleux et des décors ravissants. On ne peut s’empêcher de penser à Johnny Depp, ce jeune homme doré dont l’aura peut-être ternie, mais qui conserve ici son charme.

Malgré tout, ce film n’apporte pas grand-chose au genre déjà saturé des drames en costumes se déroulant à la fin des dynasties monarchiques. En dépit de toutes les péripéties de Jeanne, il n’offre pas un regard neuf sur cette période historique (comparé, par exemple, à Spencer de Pablo Larraín ou à Corsage de Marie Kreutzer). C’est une déception après les films précédents de Maïwenn, notamment Polisse2011, qui aborde de manière percutante le quotidien d’une journaliste couvrant une division de police pour mineurs, ou Mon roi2015, pour lequel Emmanuelle Bercot a remporté le prix de la meilleure actrice à Cannes en 2015. Maïwenn est une réalisatrice talentueuse et intelligente, mais, à l’instar de son héroïne, elle ne semble pas tout à fait à sa place dans l’univers de la cour de Louis XV.

Jeanne du Barry de Maïwenn, 1h56, avec Maïwenn, Johnny Depp, Benjamin Lavernhe – Au cinéma le 16 mai 2023

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