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[CRITIQUE] Animals – Vous êtes des animaux

Les animaux peuvent infliger de graves blessures, des douleurs et même tuer. Ils le font dans le but de se nourrir ou de se protéger des autres espèces. Sauf les êtres humains. Les êtres humains sont des êtres très étranges. Ils peuvent se causer des dommages physiques et psychologiques les uns aux autres juste pour le plaisir. Juste pour rigoler. Le sadisme est le plus primitif et le plus précaire des sentiments. Les préjugés, la haine et le dégoût pour soi-même apportent de quoi satisfaire ces sentiments.

Brahim (Souflane Chilah) est un beau gai d’une vingtaine d’années qui vit dans une famille musulmane quelque part en Belgique. Il est en couple depuis cinq ans. Il aime son petit ami. Il n’a jamais été capable de partager sa sexualité avec sa famille. Ses parents sont gentils et affectueux, mais peu enclins à accepter une relation en dehors de l’hétéronormalité établie. Le film s’ouvre sur l’anniversaire de la mère de Brahim, une fête bruyante avec de nombreux invités et une musique arabe vibrante. Le père de Brahim récite un poème sur le fait qu’il est tombé amoureux d’une femme aux yeux verts et bleus (vraisemblablement la mère de Brahim). Brahim est tendu. Il ne s’intègre pas et n’a guère de raison de faire la fête. Un membre de la famille lui fait comprendre que la famille ne tolérera jamais son « choix ». Il explique qu’une telle tolérance serait considérée comme un acte aussi subversif que l’homosexualité : « Ils penseraient que j’aime ça aussi« .

© JHR Films

Il s’agit d’un film islamophobe, qui représente tous les musulmans de manière intrinsèquement incompatible. La mère de Brahim est blanche. Et il rencontre le visage le plus laid de l’homophobie dans les mains des hommes blancs de son âge. Pensez à la violence de Bully de Larry Clark, à la scène de viol d’Irréversible de Gaspar Noé et à la gratuité de Funny Games de Michael Haneke et vous voyez de quoi le film découle. Ce qui suit est extrêmement graphique, déchirant et vraiment palpable. En fait, le film est basé sur une histoire réelle, le nom du vrai Brahim étant révélé à la toute fin du film. Ce remarquable film belge expose très clairement et de façon concrète la banalité du mal. Ainsi, il est possible de faire subir des souffrances inimaginables et de continuer à vivre normalement parce que vous considérez votre victime comme étant inférieure, donc indigne de son existence. Il est acceptable de boire, de rire, de célébrer son anniversaire, un mariage et même de proclamer l’amour et l’humanité en ayant les mains sales, après avoir commis la plus innommable des atrocités. De manière significative, l’un des bourreaux de Brahim est surnommé à juste titre « Hitler ». Un rappel sombre et sordide d’une des facettes les plus pourries de l’humanité.

Animals de Nabil Ben Yadir, 1h32, avec Soufiane Chilah, Gianni Guettaf, Vincent Overath – Au cinéma 15 février 2023.

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L'avis de la rédaction
Summary

À l’instar d’un Irréversible dans son approche frontal et ici véritablement interminable, Nabil Ben Yadir dépeint le premier meurtre homophobe reconnu en Belgique. Une œuvre qui retourne tant elle transpire le réel. Âmes sensibles, s’abstenir.

  • Louan Nivesse9
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Louan Nivesse

Rédacteur chef.

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