[CRITIQUE] La Symphonie des arbres – L’orchestre des genres

[CRITIQUE] La Symphonie des arbres – L’orchestre des genres

14 décembre 2021 0 Par Louan N

Hans Lukas Hansen est un metteur en scène méticuleux. Pour son premier long-métrage documentaire, il réussit la prouesse de redéfinir la forme du genre. On a tous ce stéréotype du documentaire à voix-off, au montage vidéo style « diaporama » entrecoupé d’interviews et de débats, ce que l’on peut voir régulièrement dans les journaux télévisés, sur YouTube, au cinéma. Cependant, certains réalisateurs parviennent à contourner ces codes, on peut mentionner l’immense Sébastien Lifshitz qui va au plus près de ses sujets pour y capter des (longs) instants de vie. Dans La Symphonie des arbres, Hans Lukas Hansen suit Gaspar Borchardt, un luthier de Crémone, obsédé depuis des années à l’idée de concevoir un violon d’exception. Pour cela, il doit réussir à trouver un érable multi-centenaire devenu presque introuvable. Une quête du Graal personnelle, intimiste et pleine de rebondissements s’ensuit.

M. Borchardt est un romantique, comme le montre rapidement le documentaire La Symphonie des arbres, qui documente sa recherche de l’érable parfait. Il a la fin de la cinquantaine, a déjà beaucoup accompli, mais veut faire ses preuves une fois de plus. Il n’est pas si facile d’obtenir un arbre de Bosnie, certaines forêts étant jonchées de mines datant de la guerre. De plus, pour le bois le plus précieux (le prix d’un arbre peut atteindre 30 000 euros), il y a souvent des pirates sur la côte, du genre peu recommandable. Là où Hans Lukas Hansen construit ce sujet, qui au premier abord semble loin d’être passionnant, c’est qu’il s’assure pour rendre cette quête inoubliable. Il prend les codes de la fiction pour les rajouter à ceux du documentaire. De ce fait, les dialogues entre divers individus sont en champ-contrechamps, il n’hésite pas à structurer une sorte de montage alterné pour rythmer son aventure avec des séquences de concerts musicalement parfaites. La Symphonie des arbres est un véritable film d’aventures, un périple qui s’accentue avec des harmonisations violoniques épiques comme peut le faire John Williams par moments. Gaspar Borchardt devient un Indiana Jones, il est filmé comme tel. Sa quête, bien que plus intime et personnelle, est narrée par un montage qui la reconstitue grandiose.

Ne pas citer la photographie de Karl Erik Brondbo serait une erreur, tant ces cadres, sa lumière et son ambiance visuelle éblouissent la rétine du spectateur. Du naturalisme, comme on l’aime tous quand c’est bien fait.

Lukas Hansen fait un usage approprié (et drôle) de la musique pour créer le contraste entre Gaspar et le monde dans lequel il doit entrer pour réaliser son rêve. La recherche du bois parfait se déroule comme un thriller avec un couple bizarre, des personnages louches et plusieurs rebondissements imprévus (et touchants). Le timide Borchardt se révèle être un anti-héros charmant. C’est aussi un hommage à l’amour et au respect que les fabricants d’instruments et les musiciens portent à leur instrument et au matériau dont il est fait. Au demeurant, les interventions ne sont pas dérangeantes, pour ceux qui ne s’attendent pas à un documentaire trop réaliste sur la lutherie. La Symphonie des arbres ressemble davantage à un conte de fées musical, dans lequel l’amour de Borchardt pour le bois et le son résonne magnifiquement. Seul l’accord final peut décevoir. Le résultat peut paraitre insatisfaisant, comme si une bonne histoire avait été soudainement interrompue, mais peut-être que la chasse à l’arbre était plus importante que le but final.

La grandeur de l’objectif.

Devant La Symphonie des arbres, le plaisir de découverte est indéniable. D’une simple petite idée démarre une aventure que l’on suit avec bienveillance et que l’on vit ardemment avec le héros principal, et quand ce dernier réussit son rêve, qu’il parvient à offrir ce fameux violon à la violoniste Janine Jansen, il est fier, il pleure. Nous sommes de simple spectateur de cet exploit, cependant, on ne peut s’empêcher de suivre et comprendre l’émotion de Borchardt, et de pleurer nous aussi. La vie ne tient qu’à un unique bois.

Note : 4 sur 5.

La Symphonie des arbres au cinéma le 15 décembre 2021.

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