[CRITIQUE] Irréductible – Irrésistiblement taquin

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Ça ne date pas d’hier d’avoir des comiques français exerçant le lourd métier de metteur en scène. Même si cela ne présage pas du bon, nous devons admettre qu’ils parviennent à apporter un vent frais au paysage cinématographique des comédies « populaires » français. De tête, je peux citer le très agréable Tout le monde debout (premier film de Franck Dubosc) où encore le fendard Fatal de Michaël Youn (qui signera quelques années plus tard le sympathique Divorce Club). Ces diverses comédies parviennent à représenter le style de leurs auteurs dépassant largement le format téléfilm que l’on peut au reste. C’est dans une optique similaire de se détacher des autres productions que Jérôme Commandeur revient à la réalisation, après Ma famille t’adore déjà ! (coréalisé avec Alan Corno), avec un remake « à sa sauce » de Quo vado? de Gennaro Nunziante : Irréductible.

Vincent Peletier est (de tradition familiale) fonctionnaire, il vit de pot-de-vin, de droit de chasse et de congés payés. Mais un jour, un vaste plan économique est lancé par le gouvernement. Ainsi, il est poussé à démissionner par Isabelle Bailliencourt (Pascalle Arbillot), une inspectrice du ministère. Mais dans une envie de garder son statut de privilégié, il va refuser les divers chèques (et donc pot-de-vin) et se voir muté dans des territoires reclus pour y faire des missions qui peuvent le pousser à bout, lui faire signer sa démission. C’est au pôle nord que le brave fonctionnaire va rencontrer l’amour de Eva (Lætitia Dosch), ses amants, ses enfants et la planète.

C’est à partir de ce postulat absurde que Jérôme Commandeur, va au travers son personnage de Vincent Peletier (qu’il interprète justement avec le cynisme qu’on lui connaît), disséquer les divers changements moraux de notre société, les absurdités politiques de notre gouvernement, le sens de nos priorités. Quand on y pense, les messages passent toujours mieux quand ils sont légers. C’est d’ailleurs pour ça que le réalisateur (et coscénariste) n’oublie jamais la comédie. Irréductible fait énormément rire. D’une part, on y retrouve toutes les absurdités de l’écriture de son auteur, comme les hilarantes coïncidences du chauffeur joué par l’inexpressif Estéban. D’autre part, ses bouffonneries sont toujours orientées pour dénoncer quelque chose, une attitude, un mouvement ou des incohérences dans notre système. Tout cela paraît limpide, clair et fluide.

En une heure et vingt quatre minutes, le long-métrage parvient à parler de l’importance écologique mondiale, des abus de pouvoirs du gouvernement et des fonctionnaires, des problèmes sociétaux que peuvent subir les familles recomposées, des quartiers et j’en passe. C’est un melting-pot d’idées et de discours qui peut sembler bourratif mais qui ne l’est jamais. Jérôme Commandeur enchaine tout cela avec un doux sarcasme qui fait du bien, qui étonne, qui peut nous plonger dans l’hilarité. Malheureusement, ce n’est pas sans quelques failles. Irréductible peut être comparé à un film à sketches, qui même avec un lourd fil rouge, y conserve le récurrent défaut du genre : le rythme. Bien que le film soit court, les gags sont inégaux dans leurs diversités. Ainsi, les micros-coupures dramatiques où les trop longues successions de vannes peuvent d’un côté créer un moment de pause brusque ou une (mini-)lassitude.

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Nonobstant ce dernier point, Irréductible réussit le pari d’être une comédie familiale pertinente, qui ne reste jamais sur ses acquis. On se surprend à rire sincèrement et non pas bêtement. Si c’est ce que vous cherchez, le nouveau long-métrage de l’intrépide Jérôme Commandeur n’aura pas besoin de faire plus pour vous convaincre, mais il le fera quand même.

Note : 3.5 sur 5.

Irréductible disponible à l’achat et à la location sur viva.videofutur.fr

Sortie au cinéma le 29 juin 2022

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