[CRITIQUE] Revoir Paris – C’est comme une histoire d’amour

Revoir Paris est le nouveau long-métrage d’Alice Winocour, après Proxima en 2019. S’inspirant des attentats du 13 novembre 2015, et du témoignage de son frère, rescapé du Bataclan, on nous raconte l’histoire de Mia, qui 3 mois après un attentat dans une brasserie parisienne, tente de se souvenir, et de réapprendre à vivre.

Avec un sujet aussi délicat, que le pays n’a toujours pas digéré (en témoigne le procès des attentats ces derniers mois), le film était attendu au tournant. Difficile de statuer sur la justesse réelle du traitement des victimes et de leur traumatisme, pour quiconque ne l’a pas vécu, mais en réalité chacun aura une manière différente d’appréhender une expérience aussi affreuse, et qui ne fera pas forcément sens aux yeux des autres. En cela, le film est plus facile à aborder car il se concentre essentiellement sur Mia, mais aussi un peu sur le personnage de Thomas (Benoit Magimel, lumineux), et d’autres victimes qui croisent son chemin de reconstruction.

Le plus gros atout du film est la douceur, la tendresse du regard de la cinéaste, qui arrive à éviter un pathos dégoulinant au profit d’une profonde sensibilité et d’une dignité admirable. Même la scène de l’attentat (relativement courte) refuse tout spectacle malvenu, pour épouser les sensations de Mia, en restant au plus près d’elle, faisant ainsi usage de hors champ et de jeux de flous, pour représenter, davantage à l’aide du son cette violence sèche et expéditive.

Virginie Efira rayonne, livrant une interprétation délicate, sans jamais tomber dans l’excès (que nos amis outre-atlantique affectionnent), et avance comme une torche teintée d’espoir dans ces nuits parisiennes où la vie a repris son cours, mais pas la vie de tout le monde. Son jeu se distingue beaucoup à travers des regards, des sourires, ou une expression figée qui en dit long.

Dans la reconstruction de ses souvenirs, elle se met en quête de retrouver un cuisinier, immigré clandestin, avec qui elle est restée cachée pendant l’attaque. Ce qui amène le film par instants dans un portrait social des travailleurs sans-papiers à Paris, mais sans en faire un tract politique qui ferait dévier le film de son sujet. Ici, on s’intéresse aux victimes, et parmi elles, certaines étaient non recensées, et oubliées du fait de leur situation.

Le film marche constamment sur un fil tendu, pouvant verser sur de grosses maladresses, mais parvient à rester du côté de l’empathie et de la dignité, à l’exception près d’une scène intime qui tombe dans le cliché fétichiste, alors que la scène est plutôt belle et intéressante de prime abord.

Revoir Paris est un beau film sur l’humain, le traumatisme, la mémoire, et l’entraide. En revanche, il convient de prévenir que toute personne ayant été impactée de près ou de loin par un attentat peut très mal vivre le visionnage de ce film, même si il dépeint le parcours des victimes de manière optimiste. 

Note : 3.5 sur 5.

Revoir Paris au cinéma le 7 septembre 2022.

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