[CRITIQUE] Les Enfants des Autres – L’amour d’une belle-mère

Publicités

Les Enfants des Autres est le nouveau long-métrage de Rebecca Zlotowski, après Une Fille Facile, ou encore Grand Central. Présenté en compétition à la Mostra de Venise, le film raconte l’histoire de Rachel, une femme d’une quarantaine d’années qui voit son espoir de concevoir un enfant s’amenuiser de plus en plus. Elle rencontre Ali, et espère fonder enfin une famille avec lui, et notamment s’intégrer dans son quotidien et celui de sa petite-fille de 4 ans, Leila.

Le film traite donc frontalement de la figure de la belle-mère, au sein d’une famille qui se recompose après une séparation. Rachel sera patiente, bienveillante au regard des étapes à franchir dans la rencontre avec la petite Leila, mais elle va s’attacher très vite à elle, et c’est justement ce rapport qui est étudié ici. Comment créer un vrai lien avec un enfant d’un autre, sans remplacer sa mère ? Comment gérer cette vie avec le père et le regard de l’enfant sur cette nouvelle cohabitation dont elle ne peut saisir complètement les conventions sociales ? Rachel doit-elle mettre la pression sur Ali pour concevoir un enfant alors qu’il est déjà difficile de s’intégrer dans cette famille ?

Ce sont les grandes questions qui traversent le film, et sans y apporter de réponse claire, la cinéaste pose un regard tendre sur ses personnages, en les laissant évoluer dans des situations très simples de la vie quotidienne, ce qui permet de donner de la vie au métrage, et d’avoir des personnages profondément humains.

© Les films Velvet – George Lechaptois

Roschdy Zem a rarement été vu dans ce type de rôle, et encore moins filmé de cette façon, ce qui fait évidemment plaisir puisque c’est un de nos comédiens les plus talentueux. Cependant, encore une fois, c’est bel et bien Virginie Efira qui tire son épingle du jeu, avec une interprétation toute en sensibilité, laissant entrevoir la difficulté d’être parent, sans vraiment l’être. Car les enfants des autres pour Rachel, ce n’est pas seulement la petite Leila. C’est aussi l’enfant à naître de sa jeune sœur, ou encore ses élèves, dont un en particulier qui est en difficulté mais dont elle voit le potentiel, ce qui la pousse à s’investir davantage pour mieux l’accompagner dans ses choix.

Publicités

Le film démarre d’une manière très gaie, à travers cet amour naissant et les joies des nouvelles rencontres, ainsi que cette petite mélodie enjouée qui revient plusieurs fois comme un leitmotiv. Puis peu à peu, à mesure que les personnages et leurs conflits intérieurs se dévoilent, l’émotion prend le pas sur le charme guilleret du début, pour créer de véritables moments de grâce, à travers des regards, des petits gestes, ou des dialogues très simples, comme on en avait plus vu depuis les films de Claude Sautet avec Romy Schneider.

© Les films Velvet – George Lechaptois

La mise en scène de Rebecca Zlotowski est au diapason de l’énergie et l’aura de ses comédien(ne)s, tantôt discrète, optant pour un classicisme bienvenu, tantôt venant sublimer des moments délicats, en soulignant des gestes, ou en prenant de la distance quand l’émotion est trop vive et que l’on risque une effusion grossière et convenue, qu’un langage corporel suffit amplement à caractériser. Une preuve d’intelligence dans la pudeur que l’on ne voit pas si souvent en Occident… Le travail de montage est également à noter, avec une utilisation singulière du fondu au noir, venant créer des vignettes rondes, pour terminer ou débuter une séquence, venant se focaliser un point précis de l’image.

Les Enfants des Autres, dans une grande simplicité et délicatesse, fait pourtant preuve d’une intelligence et d’une subtilité émotionnelle assez remarquable, et se place aisément parmi les plus beaux films Français de cette année.

Note : 4 sur 5.

Les Enfants des Autres au cinéma le 21 septembre 2022.

Publicités
0
0

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *