AUJOURD'HUI, LE CINÉMA

[CRITIQUE] Le Peuple Loup – Un dessin animé comme on n’en fait plus

Au lendemain de l’avalanche de Star Wars, Marvel et d’autres annonces basées sur le futur de Disney, il semble que la société essaie de se distancier des dessins-animés à la main d’antan. Mais juste parce que la maison de Mickey a laissé des contes de fées (au moins ceux qui n’impliquent pas des sabres laser) dans la poussière, ça ne signifie pas que les histoires de jeunes héroïnes courageuses surmontant les obstacles avec un animal de compagnie sont mortes. Le Studio Saloon (qui a coproduit le film avec Mélusine Productions), désireux de combler l’écart avec Le Peuple Loup, se sent comme un successeur spirituel des films précédents du studio, Brendan et le Secret de Kells et Le Chant de la mer. Le Peuple Loup, comme les deux précédents, est enraciné dans le folklore irlandais.

Synopsis : En Irlande, au temps des superstitions et de la magie, Robyn, une jeune fille de 11 ans, aide son père à chasser la dernière meute de loups. Mais un jour, lors d’une battue en forêt, Robyn rencontre Mebh, petite fille le jour, louve la nuit. Désormais pour Robyn, ayant rejoint elle aussi le peuple des loups, la menace ne vient plus des loups, mais bien des hommes !

Robyn aspire à être une courageuse chasseuse comme son père, mais sa soif de sang est contrariée lorsqu’elle entre en contact avec Mebh, l’un des loups principaux du film. Mebh peut basculer entre le loup et la forme humaine et est capable de commander une meute de loups. Le seul hic, c’est que lorsqu’elle devient un loup, sa forme humaine reste en stase, ce qui est exactement ce qui est arrivé à sa mère, qui est partie à la recherche d’un nouveau foyer mais n’est jamais revenue. Mebh et les loups sont incapables de bouger jusqu’à ce qu’elle rentre. L’intrigue s’articule autour de tropes familiers et les rebondissements que prend l’histoire sont à l’ancienne. Le Peuple Loup, à son honneur, n’essaie pas de faire passer l’histoire autrement. Au contraire, il s’appuie sur son récit unique, en particulier dans la verve avec laquelle les personnages prennent vie via l’animation et le dialogue. Le doublage (VO) est merveilleux, mais ce sont les visuels qui font briller le film.

Le chant du loup

L’histoire, étant donné l’accent mis sur la préservation de la nature, peut sembler Ghibli-esque, mais Cartoon Saloon balles tout autre point de comparaison avec son style artistique magnifique et unique. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, qui se sont concentrés sur le polissage et le lissage de leurs visuels CGI, Cartoon Saloon explore d’autres options. Certaines parties des croquis qui forment le corps des personnages sont presque toujours visibles (le cercle formant la base de la tête d’un personnage, par exemple) et Moore et Stewart brisent le quatrième mur comme le ferait une bande dessinée, capturant l’action, le déroulement de différents points de vue. Dessinés dans un style “bloc de bois », les personnages et les paysages sont un éventail de détails et de couleurs magnifiques. La ville est souvent illustrée dans des images aériennes qui en font un immense rectangle. La tanière des loups est remplie de spirales et de tâches de couleur. Souvent, l’écran est fragmenté. Montrant la corvée du travail de Robyn dans l’arrière-cuisine, l’image se divise en segments rectangulaires répétitifs. «Le travail est prière», dit la femme de chambre qui dirige le lieu, mettant en avant la ville coloniale protestante. Le Peuple Loup associe Cromwell à la modernité et à l’urbain. En revanche, il dénonce les marcheurs-loups comme des «absurdités païennes». Les allégeances changent, et au cours du film, Robyn devient un renégat dans le conflit entre l’Angleterre et l’Irlande, colon et opprimé, ceux qui essaient de plier la nature à leur volonté et ceux qui travaillent avec. C’est un thème familier qui est néanmoins le bienvenu.

Chaque aspect du Peuple Loup est réfléchi, magnifiquement rendu, et l’histoire est pleine de rebondissements ce qui garde les événements imprévisibles jusqu’au climax. C’est l’un des films les plus impressionnants de l’année et le meilleur film d’animation de 2020 à ce jour. Le film cimente également la place de Cartoon Saloon parmi les grands studios d’animation contemporains. Pour petit et grand, une aventure des plus savoureuses.

Écrit en décembre 2020.

Note : 4 sur 5.

L’avis de la rédaction :

William Carlier

L’animation est splendide comme la mise en scène de ce conte, somme toute prévisible en fin de compte, mais délicieusement raconté. On retiendra une bande originale inspirée bien que la chanson pop vienne désamorcer le mysticisme d’une scène majeure de l’œuvre. Néanmoins, on ne peut qu’encourager ce long-métrage, accessible autant pour les petits que les adultes, prônant la différence comme valeur humanitaire. Essentiel.

Note : 4 sur 5.

Le Peuple Loup au cinéma le 20 octobre 2021.

0
0
Written by
Louan N

Rédacteur chef.

Leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Articles

6
AUJOURD'HUI, LE CINÉMAEN CE MOMENT AU CINEMA

[CRITIQUE] JUNG_E – De la grâce près de la crasse

Dès le début, le nouveau film du réalisateur de Dernier train pour...

4
AUJOURD'HUI, LE CINÉMAEN CE MOMENT AU CINEMA

[CRITIQUE] Mayday – Butler plane

Mayday (ou le bien trouvé Plane en V.O) est le nouveau film...

6
AUJOURD'HUI, LE CINÉMAEN CE MOMENT AU CINEMA

[CRITIQUE] Retour à Séoul – Découvrir un soi qu’on attend plus

Davy Chou revient avec un portrait intime et imprévisible d’un personnage fictif...

6
AUJOURD'HUI, LE CINÉMAEN CE MOMENT AU CINEMAMADE IN ASIA

[CRITIQUE] Goodbye ! – Un feu d’artifice (sans couleurs)

Parfois, l’intégration d’une histoire sur le passage à l’âge adulte peut être...