[CRITIQUE] La Maison – Ne restez pas close

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Rares sont les films érotiques au cinéma, la dernière véritable bombe de chaleur à venir se terrer dans les salles était Love de Gaspar Noé en 2015. Ce dernier s’est lancé comme défi de faire un long-métrage érotique entièrement tourné en 3D, et même si le résultat n’est pas à la hauteur de son talent, son œuvre a fait parler d’elle pour sa technique mais surtout à cause de l’association Promouvoir, une association d’extrême droite et de catholique intégriste, qui s’est battu corps et âme pour faire passer le -16 ans d’origine en -18 ans, et donc le catégoriser comme film X. Malheureusement, ils y sont parvenus et cela a beaucoup couté au film qui a vu son exposition tomber drastiquement. Ce n’est pas ce que nous espérons pour La Maison d’Anissa Bonnefont qui même s’il ne nous montre pas une verge veineuse en gros plan, nous offre l’étendue de ce que l’on attend pour un film érotique sur le milieu de la prostitution.

© Rezo Films

L’histoire est simple, peut-être trop, mais c’est surtout le plus gros souci de ce La Maison. Pour écrire son nouveau livre, Emma (Ana Girardot) décide de se faire engager comme prostituée dans une maison close à Berlin. Adapté du livre écrit par Emma Becker, le film d’Anissa Bonnefont prend le parti pris de suivre le personnage de l’auteure et non pas son point de vue. Le problème, c’est que non seulement c’est la solution la plus simple car Becker est au scénario et que tout est déjà écrit, vécu, mais surtout parce que le personnage d’Emma ne semble pas entrer dans ce milieu par intérêt. Alors oui, au fur et à mesure que l’histoire avance elle s’attache à ces femmes et à ce métier qui semblent devenir une passion. Cela n’empêche que la base de sa présence est négative, opportuniste. C’est dommage, après coup on aurait surement dû avoir un film sur toutes ces femmes du plaisir plutôt qu’une intrigue presque égocentrique qui entoure Emma. Cela aurait donné du corps et une plus forte sincérité à ce long-métrage qui, pour le reste, a tout pour séduire.

On peut commencer par le casting et notamment l’éclatante et remarquable interprétation d’Ana Girardot. Ici, elle est au sommet. Elle donne de son corps pour rendre le film crédible et nous fait grâce de ses émotions pour nous projeter en elle, nous faire croire en son existence, comprendre ses sentiments. L’une des performances les plus impressionnantes de cette actrice qui n’a plus rien à prouver. Néanmoins, La Maison ne pourrait pas vivre sans les autres femmes qui l’entourent. D’une Aure Atika particulièrement bluffante et dominatrice, à une Rossy de Palma toujours aussi sincère et drôle, en passant par une discrète Nikita Bellucci et un hilarant Philippe Rebbot, tout ce petit monde est palpable, toutes leurs discussions crédibles, forcément. Ils sont à eux tous un sacré argument pour découvrir le film, mais il n’y a pas que ça.

© Rezo Films

Anissa Bonnefont, qui sort de deux longs-métrages documentaires, réalise son premier long-métrage de fiction ici. La plus grosse peur que l’on peut avoir en sachant ça, c’est que La Maison ressemble à un documentaire écrit, comme on peut en avoir l’habitude – pensez au récent Une Femme du Monde. Ne doutez pas ! La mise en scène ici est parfaitement réfléchie et maîtrisée, la caméra est méthodiquement placée pour nous faire ressentir les émotions voulues. Quand nos personnages sont en confiance, on le ressent et vice-versa quand ils sont en danger. Je pense à une scène d’apprentissage de la domination – aidée par l’interprétation du duo Atika/Girardot – parfaitement perturbante et une scène d’éducation au cunnilingus très touchante et amusante. Soutenue par le talentueux directeur de la photographie Yann Maritaud (Slalom), la réalisatrice nous propose des images marquantes, somptueuses ainsi que très charmantes, ce qui retransmet parfaitement le milieu très érotique mis en images.

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Au final, La Maison n’est pas aidée par la direction que prend son scénario surement trop simple et pas assez étendu aux autres protagonistes, néanmoins Anissa Bonnefont parvient à nous faire ressentir l’ambiance que l’on recherche en allant voir ce genre de long-métrage. N’enlevons pas le côté éducatif du scénario et cet extraordinaire casting porté par la sublime Ana Girardot. C’est une curiosité, plutôt aboutie.

Note : 3 sur 5.

La Maison au cinéma le 16 novembre 2022.

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