[CRITIQUE] Junk Head – Science-fiction à modeler

[CRITIQUE] Junk Head – Science-fiction à modeler

19 mai 2022 0 Par Louis Debaque

Imaginez que les films de la Aardman production (Wallace et Gromit, Chicken Run…) aient un enfant japonais. Que cet enfant en question soit doté d’un sens de l’humour très noir, une passion pour les jeux vidéos Silent Hill, et les animés japonais. Des promesses, proposée par Junk Head, qui donnent envie et viennent piquer notre curiosité ! Junk Head est un film d’animation Japonais en stop motion, réalisé, produit et interprété par Takehide Hori. Dans le futur, les êtres humains ont trouvé comment devenir immortels, mais ont oublié comment se reproduire. Afin de remédier à ce problème, un humanoïde est envoyé dans les souterrains de la terre, où vivent plusieurs sociétés de diverses créatures qui tentent de survivre en s’appuyant les uns sur les autres, étages par étages. Son périple à travers les étages inférieurs, lui fera découvrir et rencontrer des sociétés et des individus cachés, vivant selon leurs propres lois.

Ce qui nous saisit dans un premier temps avec Junk Head, c’est sa direction artistique. L’aspect visuel mélange de nombreuses références de la pop culture, et nous les donnes à voir sous un jour neuf. Une vision agréable et prenante qui nous saisit par son mélange des genres. Partant de visuels horrifiques, jusqu’à des références plus enfantines comme le montre le design du personnage principal, Junk Head crée sa propre ambiance et ses propres codes grâce à un mélange des genres rafraichissant. Car que ce soit dans le design des personnages ou son architecture, Junk Head nous bouscule la rétine. Le tout au service de son univers. L’univers est la force du film. Junk Head se baladant d’étages en étages dans les souterrains, nous nous retrouvons face à une multitude d’environnements, qui certes se ressemblent pour certains, mais dont l’évolution et le changement des règles viennent créer une cohérence, de sorte à ce que le film arrive à créer une grande profondeur et une grande curiosité à cet univers. On veut en découvrir toujours plus. Voir quelle créature évolue avec quelle créature. Comment les habitants de ces étages vivent. Malheureusement, si l’univers est captivant, il n’est pas servi par le scénario.

SIlent Cybermomies Hill.

En soi, suivre Junk Head en perdition dans les couloirs étroits de ce monde est plaisant, mais l’absence de continuité dans la quête du personnage, créer une boucle scénaristique banale, car le scénario du film tourne vite en rond. La formule de découverte fonctionne toujours en début de séquence grâce à l’univers, néanmoins elle s’atténue rapidement une fois les codes compris. Chaque changement de séquence vient pourtant raviver la flamme et nous redonner de l’intérêt au film. Mais le dernier acte du film et sa fin précipité nous laisse un sentiment amer en fin de séance. On attend juste le prochain volet de ce que le réalisateur a déjà présenté comme une trilogie. Takahide Hori a réalisé quasiment seul Junk Head. Il s’est focalisé sur ce qu’il y a de plus important, mettre en valeur le monde qu’il a créé, ainsi que l’animation de son film qui si elle n’est pas parfaite, est quand même convaincante et satisfaisante notamment lors de séquences reprenant les codes des shonen japonais comme Dragon Ball ou Naruto. La réalisation seule a contraint Takehide Hori de doubler beaucoup personnages, ce qui lui permet de créer un dialecte et une langue nouvelle à base de grognement, de raclage de gorge. Cet ensemble donne au film un aspect futuriste convaincant de par la non-compréhension directe des dialogues. Un vrai condensé de bonnes idées qu’il faut saluer !

Junk Head est un OFNI (Objet filmique Non Identifié) cinématographique proche de nous de par ses références. Un film qui déborde d’inventivité, souvent captivant par son univers, mais souvent anodin dans le traitement de son histoire. Un film qui suscite de l’admiration pour son réalisateur, mais nous laisse sur notre faim en tant que spectateur. Reste sa direction artistique stupéfiante et l’attente du prochain volet.

Note : 3 sur 5.

Junk Head au cinéma le 18 mai 2022.

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