[CRITIQUE] Horizon : une saga américaine Chapitre 1 – Les Feux de l’amour

L’année 2024 a été marquée par l’ambition et la passion des cinéastes chevronnés et des icônes du grand écran. Parmi eux, Kevin Costner se démarque. Cet acteur et réalisateur américain a investi des millions dans un projet qu’il nourrit depuis 1998 : Horizon : une saga américaine. À l’instar de Francis Ford Coppola avec Megalopolis, Costner rêvait depuis longtemps de réaliser une fresque épique sur l’expansion de l’Ouest américain et les répercussions de la guerre civile. Après de nombreuses discussions infructueuses avec les studios et producteurs, il a dû faire d’importants sacrifices financiers pour concrétiser ce projet qui lui tenait tant à cœur. Son projet est devenu une odyssée en quatre volets, dépeignant les périls et la diplomatie avant, pendant et après la guerre civile américaine. Cette liberté créative offre à Costner une vaste toile sur laquelle il peut peindre son récit. Cependant, cette liberté peut parfois égarer les réalisateurs. Bien que Costner soit un vétéran du genre western, il a tendance ici à se reposer sur ses lauriers. Ce premier chapitre suscite une grande curiosité, oscillant entre un possible échec retentissant et un succès inattendu, à l’image de La Porte du paradis ou Danse avec les loups. Certaines séquences possèdent ce charme classique du western, mais Costner traite l’histoire comme un épisode pilote de série télévisée, s’étirant sur trois heures pour introduire ses personnages sans véritablement faire progresser la narration.

Le récit se déroule au Kansas, au Wyoming et au Montana en 1859, à la veille de la guerre civile américaine. L’atmosphère pesante et le calme des plaines baignées de lumière accentuent cette sensation de destin imminent. Plusieurs intrigues se déroulent simultanément, avec divers personnages introduits qui finiront par se croiser dans les chapitres suivants. L’événement déclencheur est un raid apache sur un village de colons nommé Horizon, considéré comme prospère par ses habitants mais indiscipliné par les étrangers, spoliés de leurs terres. Horizon, situé à un passage de rivière apache, est revendiqué par un groupe d’Apaches dirigé par Pionsenay (Owen Crow Shoe). Le premier lieutenant Trent Gephardt (Sam Worthington) s’y oppose, déclenchant une réaction violente de Pionsenay et ses partisans. Cette confrontation divise profondément les habitants. Certains cherchent à se venger du sang versé, tandis que d’autres, comme Frances Kittredge (Sienna Miller) et sa fille, se réfugient auprès de Gephardt et de l’armée de l’Union en quête de sécurité.

Costner aborde la représentation des Amérindiens avec un regard assez conservateur, contrairement à son Danse avec les loups, rendant le récit moins efficace et humaniste. Dans ce premier chapitre, il ne parvient pas à traiter l’histoire des Amérindiens avec le sérieux et la finesse nécessaires. Bien que leur rôle soit crucial, les personnages amérindiens manquent de profondeur, leurs actions étant dénuées de contexte. Cela les prive de leur humanité, affaiblissant l’authenticité et l’attrait du récit – en plus d’être teinté d’une certaine condescendance. L’autre intrigue majeure présente Hayes Ellison (Kevin Costner), un vieux cow-boy (que l’on ne découvre qu’à la moitié de ces trois longues heures) ayant troqué sa vie tumultueuse contre celle d’un marchand de chevaux. L’arrivée de Marigold (Abbey Lee) le ramène à son passé de tireur. Bien que sa présence illumine les plaines grises, elle apporte son lot de problèmes. Caleb Sykes (Jamie Campbell Bower) convoite l’enfant que Marigold protège. Hayes, malgré sa méfiance initiale, décide de la défendre, créant un affrontement classique entre l’ancien et le moderne.

Alors que ces deux intrigues semblent destinées à converger, une troisième histoire impliquant Matthew Van Weyden (Luke Wilson) et un couple britannique est introduite. Au début, ces récits captivent, promettant une exploration riche du portrait de l’avant et de l’après-guerre civile de Costner. Mais lorsque les crédits défilent après trois heures, on réalise que l’histoire n’a guère avancé. Ce premier chapitre semble davantage conçu pour inciter les spectateurs à voir les volets suivants plutôt que de se suffire à lui-même. Les dernières minutes du film confirment cette impression, avec un (très) long aperçu du chapitre 2, comme une série télévisée annonçant l’épisode suivant. À l’instar de la trilogie Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, où chaque film constitue une aventure autonome tout en s’intégrant dans un ensemble cohérent, Horizon : une saga américaine Chapitre 1 échoue à créer un arc narratif complet. Les trois histoires introduites par Costner ont un début mais manquent de développement et de conclusion, rendant son œuvre dépendante des suivantes et incapable d’être appréciée comme une œuvre isolée. Et encore faut-il que les autres chapitres voient le jour ; au vu du succès critique et financier de ce premier chapitre, on est en droit d’en douter.

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