[CRITIQUE] Goliath – Les Frondeurs

[CRITIQUE] Goliath – Les Frondeurs

15 mars 2022 0 Par Enzo D

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de parler plus amplement de Goliath en tant que film, petit avant-propos sur un des thèmes qu’il aborde. En insistant sur le fait qu’on a toujours le choix, que l’on choisit les combats qu’on mène, Goliath vient rappeler que ce sont ces combats et ces actions qui définissent qui nous sommes. Alors menez des combats dont vous vous sentirez fier. Car ce sont ces mêmes luttes qui vous définissent.

Commençons pour cette fois par parler du fond de Goliath avant de parler de la forme. Ce nouveau film de Tellier se décide à parler d’énormément de sujets politiques importants pour nos sociétés contemporaines mais également pour celles de l’avenir. Je l’ai vu il y a un peu plus d’un mois mais en sortant du film, des spectateurs débattaient de ce qu’ils venaient de voir, preuve ultime de la réussite du film : il fait réagir. Dans les faits en décidant de s’attaquer à de nombreux sujets, peut-être trop, Goliath multiplie les scènes intéressantes autour du combat politique : les manifestations, les sittings, les débats au parlement européen, la désobéissance civile, les menaces des lobbys, l’importance des médias, la corruption, la manipulation à l’ère d’internet et même de l’impact de la pandémie mondiale sur nos vies. C’est d’ailleurs un des premiers films au cinéma à intégrer aussi bien la pandémie de Covid-19 aussi bien au cinéma. Toutes ces scènes sont intéressantes et on ne s’ennuie pas devant le film pour une raison assez simple : la politique intéresse. C’est un sujet passionnant et la raison pour laquelle il est régulièrement utilisé au cinéma c’est qu’il peut parler et concerner un maximum de personnes. Rien que récemment nous avions eu Les Promesses de Thomas Kruithof, qui avait la bonne idée de limiter ses thèmes et donc de donner une direction puissante a son récit.

Conférence de presse pour Bac Nord

Goliath a beau être très intéressant et important dans sa manière de cataloguer toutes les formes de militantisme et de luttes politiques, néanmoins en s’éparpillant sur de trop nombreux sujets le film souffre de ne pas avoir une colonne vertébrale solide. Le résultat est une succession de scènes intéressantes se terminant par un semi-deus ex machina, un peu faible de ce côté-ci. Quel est réellement l’intrigue principale ? La lutte d’un avocat pour faire tomber une entreprise malfaisante, la lutte morale de deux lobbyistes qui doivent jouer entre la vie de famille et les machinations politiques ou encore les manifestations d’un groupe d’action coup de poing qui souhaitent mettre la lumière sur toute cette affaire. Tous ces arcs narratifs, pris séparément, sont captivants mais mis ensemble dans un film de deux heures on se rend vite compte que Tellier n’a pas le temps, et le talent, de développer autant de personnages. L’avocat de Gilles Lelouche est une âme charitable au début du film et n’évoluera pas, même chose pour le lobbyiste incarné par Niney que l’on ne voit jamais être remis en question. Quel dommage que Goliath, un film au potentiel aussi grand que son nom, se contente de nous apporter les conclusions de son histoire par un deux ex machina rapide et peu convaincant.

En 2014 Tellier traitait l’affaire Sk1 en construisant son récit de manière intéressante, notamment autour du personnage de Raphaël Personnaz que l’on voyait évoluer en parallèle de cette affaire. Ici Tellier se rate un peu plus dans la construction de son film en se faisant succéder les nombreuses scènes autour de la vie politique en ne pensant jamais à faire évoluer ses personnages. Entre le début et les dernières secondes du film ils restent figés, preuve de plus que face à ces Goliath plus personne ne peut avancer. Le film tente d’aller, en plus de plusieurs intrigues, vers de nombreux genres. Il prend du temps sur le drame avec toute la partie liée à Emmanuel Bercot ce qui est très réussi mais ensuite il hésite entre thriller, film de procès et film paranoïaque. Quand on le compare avec des sorties récentes du même acabit comme Boite Noire on sent vite qu’ici tout semble bien moins bon et surtout bien moins réfléchi. Les bonnes intentions sont louables et très plaisantes mais elles ne suffisent pas assez. Le sujet de Goliath est si important, si omniprésent qu’il finit par prendre toute la place, sans en laisser une seule miette pour les personnages. Un peu comme ces gigantesques corporations qui parasitent la vie.

Palpatine et Vador

La multiplicité du nombre de personnages a donc le défaut de pouvoir moins les faire évoluer mais elle a tout de même un avantage intéressant, surtout lorsque l’on connaît le sujet du film : multiplier les points de vue et donc les moyens d’actions politiques. Aucun d’entre eux n’a les mêmes frondes pour lutter tandis que Goliath possède et manipule absolument tout. En multipliant les personnages Goliath multiplié également les interprétations, excellente pour une Emmanuel Bercot toujours juste mais bien plus mitigée pour Pierre Niney et Gilles Lelouche. Ce lobbyiste sensé faire peur est finalement juste un rôle de golden boy de plus, pour Lelouche c’est différent : l’écriture ne lui laisse pas vraiment la marge nécessaire pour donner une grande prestation.

Goliath est un film dont la mise en scène est souvent fainéante, dont les interprétations sont parfois peu convaincantes et surtout au scénario assez faiblard. Mais on arrive à excuser ces défauts tant le film nous fait vivre des scènes fortes et intenses (vous savez desquelles je veux parler) et surtout tant son propos est important. Ces scènes de grand suspens arrivent à faire ressentir le stress réel ressenti par des milliers de militants qui luttent pour mettre la lumière sur les injustices. Car c’est bien de ça qu’il s’agit ici : de justice sociale et morale.

Un sujet brûlant

Vivier politique gigantesque, à la hauteur de son sujet, Goliath fait réagir et réfléchir. Il n’est pas dénué d’intérêt, loin de là, il reste même important car il fige sur la toile la violence du combat politique. Tout dans Goliath est violent et brutal. Jusqu’à ce dernier plan beau et calme : l’arbre que l’on voyait a fleuri, preuve littérale que les efforts pour un monde meilleur ont portés leurs fruits. Preuve que les choix entraînent toujours des conséquences et donc que l’espérance existe encore.

Note : 3.5 sur 5.

Goliath au cinéma le 9 mars 2022.

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