[CRITIQUE] Dédales – À la recherche d’un Miracle

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L’effondrement du communisme a changé le cinéma roumain, et les cinéastes ont commencé à explorer à la fois la période passée sous le dictateur Ceausescu et la crise sociale et économique actuelle du pays. Ils l’ont fait avec des films comme La Mort de Dante Lazarescu (2005) de Cristi Puiu, qui a remporté un prix à Cannes et de nombreux autres prix dans le monde, 12h08 à l’est de Bucarest (2006) de Corneliu Porumboiu et 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu, qui a reçu la Palme d’or à Cannes. Ces films ont mis le cinéma roumain sur le devant de la scène. Au cours de la dernière décennie, à l’exception de Baccalauréat (2016) de Mungiu (un film qui dépeint un pays où la corruption et le malheur sont la règle) peu de films roumains ont depuis égalé ces œuvres marquantes réalisées au cours de la première décennie du XXIe siècle.

© The East Company Productions

Si ce temps-là n’existe plus, il y a de bons films roumains qui se font. Comme Dédales, un troisième long métrage écrit et réalisé par Bogdan George Apetri. Il s’agit d’un drame policier, le deuxième d’une trilogie, enveloppé d’un sentiment d’inquiétude quotidienne et d’une narration beaucoup plus complexe et moins accessible qu’il n’y paraît à première vue. Le film commence par l’observation de Cristina (Ioana Bugarin), une jeune débutante malheureuse dans un couvent, qui part avec désespoir dans un taxi pour consulter un médecin, soi-disant pour des maux de tête. Elle passe sans cesse des appels téléphoniques qui restent sans réponse. Son chauffeur est irritable et dur, et son compagnon de route est un médecin d’âge moyen de l’hôpital, qui est anticlérical et critique de la société roumaine, ce qui est l’un des thèmes secondaires du film. Cristina fait arrêter le taxi pour pouvoir changer son habit pour des vêtements laïques et, à l’hôpital, elle se rend à un examen gynécologique au lieu de consulter un neurologue. Elle quitte l’hôpital sans s’occuper de sa grossesse, et prend un autre taxi conduit par un homme en apparence agréable. Mais les apparences sont trompeuses, et le réalisateur nous offre un plan séquence renversant qui exprime principalement par le son le viol et le passage à tabac de Cristina par le chauffeur de taxi. Dans cette scène, la caméra tourne en rond, évoquant le danger, accentué par le bruissement des arbres et le tonnerre.

© The East Company Productions

La seconde partie du film est centrée sur l’inspecteur de police Marius, dur, irascible et humain (puissamment interprété par Emanuel Parvu), qui rejette avec colère la piété et les platitudes chrétiennes dans ses interrogatoires des religieuses du couvent et dans ses interactions avec son subordonné à la réflexion trop lente. Il a également le sentiment d’être entouré d’incompétents et d’imbéciles, ce qui rend l’affaire plus difficile à résoudre. Marius s’acharne à faire avouer le chauffeur de taxi, mais celui-ci nie continuellement avoir tué Cristina. Possédé par le crime, Marius tente de fabriquer des preuves pour piéger le chauffeur. Le film n’explique jamais pourquoi il se comporte de la sorte. En fait, lorsqu’il interroge une Christina à peine vivante, qui refuse d’identifier le chauffeur de taxi, il lui chuchote à l’oreille et l’embrasse passionnément. Marius est-il l’homme (le père de son enfant à naître) qu’elle appelle sur son téléphone portable et qui refuse de répondre ? Le film laisse les actions de Marius inexpliquées, et il n’y a pas de résolution claire, juste beaucoup d’ambiguïté et un sentiment de profonde angoisse.

Bogdan George Apetri réalise avec un savoir-faire exemplaire, créant une tension contrôlée (et constamment en plan-séquence), notamment grâce à sa photographie, et obtenant des performances solides de ses acteurs.

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Note : 4 sur 5.

Dédales disponible à l’achat et à la location sur viva.videofutur.fr

Au cinéma le 20 juillet 2022

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