[CRITIQUE] A Man – C’est la mer qui prend l’homme

Dans le cadre élégant et énigmatique du cinéma japonais, A Man de Kei Ishikawa, adapté du roman de Keiichiro Hirano, se dévoile comme un bijou de réflexion sur l’identité et la quête de soi, émaillé d’une ironie poétique. Au cœur de ce récit, le personnage de Rie (Sakura Ando), veuve et employée dans une boutique de fournitures artistiques, élève seule son jeune fils Yuto après un divorce douloureux. Sa rencontre avec Daisuke (Masataka Kubota), un client timide et amateur de peinture, marque le début d’une idylle fragile, mais le destin frappe cruellement lorsque Daisuke, devenu bûcheron, trouve la mort dans un tragique accident. Un an après le décès, lors d’une cérémonie commémorative, le frère de Daisuke, Kyoichi (Hidekazu Mashima), sème le doute en affirmant que l’homme sur la photo n’est pas son frère. Rie, déroutée, fait appel à l’avocat Akira Kido (Satoshi Tsumabuki), déjà consulté pour son divorce, pour démêler cet imbroglio identitaire. Kido s’engage alors dans un dédale de vérités cachées et de mystères entremêlés.

A Man navigue habilement entre les eaux d’un thriller captivant sur les identités usurpées et une exploration subtile de l’acceptation de l’autre. Le mystère central, loin d’être un simple prétexte narratif, soulève des interrogations profondes sur l’identité et la reconnaissance sociale, tout en abordant des thèmes tels que les préjugés raciaux et sociaux. Il s’ouvre sur une peinture représentant l’arrière de la tête d’un homme observant la même œuvre, un effet Droste miniature qui, revisité à la fin, se révèle d’une pertinence étonnante. Entre ces deux points, l’histoire de Rie et Daisuke se déploie avec la subtilité et la réserve caractéristiques du cinéma japonais.

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Daisuke, personnage énigmatique, dont on sait peu de choses, à part sa timidité, son amour pour la peinture et ses activités de bûcheron, semble presque enfantin dans son approche de Rie. Leur romance, bien que naissante dans une atmosphère de maladresse et de larmes, prospère, mais est rapidement assombrie par la tragédie. Kido, confronté à sa propre quête identitaire en tant que Japonais d’origine coréenne, est tiraillé entre les préjugés qu’il subit et sa quête pour découvrir la véritable identité de Daisuke. Les révélations sur l’homme qui a usurpé l’identité de Daisuke et les raisons de sa fuite offrent un tournant inattendu à l’intrigue.

Chaque personnage semble vouloir fuir son passé, chacun à sa manière, créant une toile complexe d’identités fluctuantes et de secrets enfouis. La question de l’identité est poignément illustrée par Yuto, qui, ayant perdu un père aimé, s’interroge sur son propre nom et son héritage. Ishikawa tisse ces fils narratifs disparates en un ensemble captivant, adoptant une approche similaire à celle de Koreeda dans The Third Murder. Porté par les performances empathiques et magistrales de Sakura Ando et Satoshi Tsumabuki, le long-métrage captive chaque seconde de ses 122 minutes.

A Man se distingue comme une œuvre sublime, une dissertation perspicace et réfléchie sur les dualités des noms et de l’identité, et le rêve de secondes chances malgré eux. Un exemple magistral de narration et de performances empathiques, confirmant que si les manières font l’homme, c’est la maîtrise du récit et de l’interprétation qui font A Man.

A Man de Kei Ishikawa, 2h01, avec Satoshi TsumabukiSakura AndôMasataka Kubota – Au cinéma le 31 janvier 2024

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