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Cliquer sur l’affiche pour voir la bande-annonce.

Au départ prévu pour mars 2020 dans nos salles, « Miss » s’est rapidement vu reporté suite au début de l’épidémie COVID-19. Ce report montrait que Warner Bros France comptait sur ce film, avait foi en lui. Malgré cette confiance du distributeur, la bande-annonce, elle, annonçait tout l’inverse car le sujet traité pouvait, lui, attirer les foudres de la communauté LGBTQ+ toujours (avec raison) apeurée de leur retranscription à l’écran, dans l’art, dans la culture.

Synopsis : Alex, petit garçon de neuf ans, se voit Miss France quand il sera grand. Quinze ans plus tard, après avoir perdu ses parents et sa confiance, il décide de réaliser son rêve…

Un sujet sensible pour une écriture intelligente.

Dans son traitement, Alex est genderqueer (il ne se ressent ni homme, ni femme, mais un « mélange » des deux). Tout d’abord, cela se vérifie de par le prénom donné au personnage. Un prénom qui sonne au masculin, comme au féminin (Alexandre/Alexandra). Choix plutôt malin puisqu’il permet de toucher tous les spectateurs faisant partie ou non de cette communauté.

Cela dit, malgré cette malice d’écriture, une réplique peut résonner comme méprisante au sein du long métrage (elle est en plus citée dans la bande-annonce) :

« Tu n’es pas une vraie femme et tu ne le seras jamais »

Elle est dite par le personnage d’Amanda Lear à Alex.

Réplique au fondement sûrement innocent de la part des scénaristes aux vues du message de tolérance que le film souhaite nous envoyer.

Un message de lutte contre la perversité.

Le titre de ce “chapitre” n’est pas anodin puisque le film, par l’intermédiaire de l’excellente Isabelle Nanty (incarnant un personnage critique de la cérémonie Miss France) mais aussi grâce à des personnages tertiaires (tel le présentateur de la cérémonie décrit comme harceleur et pervers), semble totalement désapprouver le regard qu’on puisse porter sur la femme en ces temps de révolte féministe et de recherche de la “transcendance”.

« Miss France c’est l’asservissement de la Femme, on retourne au temps de la préhistoire »


Réplique donnée par Yolande (Isabelle Nanty) à Alex et les autres dans la pièce.

« Voici le moment que nous attendons tous (sourire coquin), le défilé des Miss en maillot de bain »


Réplique donnée par le présentateur durant la première cérémonie du film.

À noter que quelques petites minutes après cette dernière réplique, le présentateur interviewe Alex afin de lui demander « pourquoi souhaites-tu devenir Miss » (en baissant sa main, déjà posée sur les hanches de la participante, vers les fesses de cette dernière). Alex va donc rétorquer dans un long message engagé que, justement, c’est pour « éviter ce genre de comportement déplacé ». Un long message qui sonne comme profondément féministe, juste et intelligent.

Une structure « à la Rocky »

Ce que je veux dire par là, c’est que l’écriture et la mise en image du long-métrage reste une retranscription d’éléments mis en place (entre autres) par la saga Rocky.

On parle ici d’un objectif (devenir Miss) qui va demander de l’entraînement, d’affronter les échecs avant d’arriver à ce désir, ce rêve. De plus, le rapprochement semble évident puisque l’un des proches d’Alex fait de la boxe, ce qui va permettre à ce dernier d’affronter son manque de confiance, ses peurs grâce à plusieurs messages de combativité et d’entraînement au cœur du ring. Des training-montages dignes de la fameuse montée « Rocky Steps ».

Cette structure n’est malheureusement pas sans défaut. Le rapprochement fait, le film en devient scénaristiquement faible et prévisible. PIRE, le scénario en devient même bourratif en éléments perturbateurs. En effet, avant d’atteindre l’objectif final, nous allons devoir faire face à un petit ventre mou comblé par plusieurs discordes (inutiles) entre les proches et Alex, Alex et les Miss, Alex face à un violeur. Ces moments font ralentir le récit durant presque 20 minutes, et peuvent rendre (selon votre point de vue) le personnage d’Alex : lunatique.

En résumé, la transition entre le deuxième et le troisième acte se veut beaucoup trop frontale, clichée et lente. Une décision trop lourde pour cocher des cases qui auraient mérité d’être oubliées.

Au final, qu’est-ce qu’on en retient ?

« Miss » résonne (avec raison) comme un film important dans une période où le monde est en plein changement, en pleine transition. Sublimé par des acteurs impeccables et une mise en scène maîtrisant parfaitement la déification de son personnage principal (les différents ralentis y sont impactants), Ruben Alves arrive à camoufler les failles de son scénario avec beaucoup d’intelligence, de maîtrise.

L’avis de personnes transgenres (ayant vu le film) serait bénéfique pour appuyer ou contredire mon point de vue. Cela dit, je recommanderai à mon échelle le visionnage de cet efficace « feel-good movie ».

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