Brandon Cronenberg (fils de David Cronenberg) veut suivre la voie de son père, c’est un fait et ça se voit. Cependant, notre cher Brandon a réussi, même s’il y a grosse inspiration, à se démarquer et à se créer une identité avec son Antiviral. Premier film imparfait mais profondément juste dans son écriture, il a réussi à détourner l’ambiance et les gimmicks de son paternel pour leur donner un second souffle, plus moderne, plus esthétique. C’est après sept ans d’attente et un court-métrage d’essai plutôt intéressant (Please Speak Continuously and Describe Your Experiences as They Come to You) que Brandon Cronenberg revient difficilement avec Possessor, un film qui enchaîne les festivals depuis près d’un an sans trouver de distributeur pour sortir en salles, en streaming, en DTV. Des attentes plein la tête et une envie irrésistible de le voir plus tard, qu’est-ce que ça vaut ?  

Synopsis : Tasya Vos est membre d’une organisation secrète : grâce à des implants dernier cri, elle peut contrôler l’esprit de qui bon lui semble. Jusqu’au jour où le système bien rôdé de Tanya s’enraye. Elle se retrouve alors coincée dans l’esprit d’un homme, dont le goût pour la violence se retourne contre elle. 

Trop mais pas assez 

Brandon Cronenberg a trop d’idées tirant le film dans tant de directions différentes. Ce sont les postulats du film, mais rarement, une de ces idées s’accomplit pleinement durant tout le long-métrage. D’une part, il y a un ton unique à cela, c’est comme si Assassin’s Creed rencontrait Inception, dans le sens où des gens possèdent le corps d’autres personnes en vue d’assassiner des individus spécifiques. Ajoutez de fabuleux effets ultraviolents, de bonnes performances, de la musique ambigüe et atmosphérique, et vous obtenez des scènes vraiment saisissantes. D’autre part, le film est trop ambitieux. Il y a tellement de choses établies qu’il n’y a aucun moyen qu’il puisse tout accomplir, et il ne le fait pas. Ceci est illustré par le premier acte qui se fait ressentir comme horriblement précipité. Nous assistons à moins de vingt minutes durant lesquelles tout va être établi, que ce soit les personnages, les prémisses et les thèmes. Brandon ne peut pas attendre pour passer à travers sa construction, ce qui en résulte est un manque d’investissement de la part du spectateur. Nous savons à peine qui sont les protagonistes et pourquoi ils agissent.

Le personnage principal a de plus en plus de problèmes psychologiques, en raison de sa propension à toujours travailler à l’intérieur de la machine en question. De plus, elle ne prend qu’une demi-journée de congé par semaine pour récupérer. Ensuite, elle est de retour au travail. Elle y va sans motivation et quand elle est en repos, tout ce qu’elle fait est de s’asseoir à la maison avec son ex. On a besoin de plus de scènes pour nous expliquer ce qui a conduit à sa rupture avec lui et plus d’exposition sur les raisons pour lesquelles elle voudrait revenir à lui. Nous ne connaissons pas ces gens ou leur histoire et nous les laissons si vite qu’il est difficile de s’en soucier. Nous obtenons littéralement une scène d’elle, loin de son travail, et ce n’est rien hors de l’ordinaire dans la mesure où la journée est banale. Pourquoi est-elle un bourreau de travail ? Sa vie familiale, il me semble. Pourquoi ne dit-elle pas à ses supérieurs qu’elle fait une dépression mentale ? C’est censé être une métaphore sur sa dépendance au travail pour éviter sa vraie vie ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas avoir plus de scènes montrant la raison du rejet de son train-train quotidien ? C’est un film désordonné, plein de personnages vagues et de progressions d’histoire encore plus troubles. Même si le premier acte est précipité, au moins il met en place des choses intéressantes.

Il faut gagner du temps, beaucoup de temps

Le deuxième acte est la partie durant laquelle le film devient vraiment bancal. C’est un enchaînement de scènes qui se ressemblent, encore et encore. Ça en devient vraiment fastidieux de regarder un personnage dire que la personne possédée agit bizarrement encore et toujours. Il y a quelques séquences sympathiques, hypnotiques, “tripantes”, comme la drogue montrant le personnage principal ayant diverses pannes internes. Oui, elle n’est pas assez stable pour être là et plus la situation de transe est longue, plus ça va empirer. On comprend. Nous n’avons pas besoin de la voir 27 fois dans ce trauma. C’est bizarre parce que le premier acte a exactement le problème opposé. Comme Inception, ces gens essaient d’accomplir quelque chose en manipulant les autres pour leur profit. Contrairement au film de Christopher Nolan, où la première moitié du film établit les personnages, les motivations de l’histoire et les ralentisseurs potentiels, Possessor semble seulement s’intéresser à établir les obstacles au bon déroulement de l’histoire.

Sur ce point, on en vient à se demander si Possessor n’aurait pas été meilleur en moyen-métrage, voire même en épisode de la série Black Mirror. L’écriture qui nous est présentée paraît trop pauvre pour nous donner de quoi cadencer 103 minutes de long-métrage. En résulte un manque de rythme évident dès lors que le premier acte se termine et ce, malgré toutes les bonnes intentions que Brandon Cronenberg souhaite nous montrer. 

L’envie est là, le message n’est pas clair 

Nous n’avons pas d’avis tranché sur la motivation des personnages ou en vertu de quoi l’histoire se déroule, en premier lieu. Cette société de possesseurs veut détenir cette grande compagnie de technologie, mais pour quelle raison ? Qui sait ! La vraie histoire est celle de la guerre entre le possesseur et le possédé pour savoir qui devrait avoir le contrôle sur le corps. Alors pourquoi aborder l’idée qu’ils veulent absorber cette compagnie de technologie ? Dites plutôt qu’elle doit tuer ces gens juste parce qu’ils sont horribles ou corrompus. Cela ne changerait rien à l’objectif du film et ceci permettrait de déblayer un peu l’histoire. Le but est la lutte entre le possédé et le possesseur ainsi que la prise en charge des choses épouvantables qui se sont produites. C’est comme regarder quelqu’un avec un trouble de la personnalité qui, encore une fois, est une idée qui aurait pu et aurait dû être étoffée. Il arrive seulement vers la fin et se termine si vite que je ne sais même pas pourquoi ils ont pris la peine de développer cette idée. La première loi est complètement bousculée, la deuxième n’a pas de fin, et la troisième introduit d’autres choses qu’elle ne peut pas tout à fait faire. Donc ? 

Une des rares scènes ayant un sens, une conclusion. Une petite merveille esthétique et sonore.

Il faut oser, il a tenté, c’est loin d’être parfait

Possessor est foncièrement un film bancal. Cependant, Brandon Cronenberg montre qu’il a envie de construire un récit au propos intéressant mais seulement, sans matière ni conclusion satisfaisante pour tenir plus d’une heure. Néanmoins, l’esthétique globale du long métrage, porté par le talentueux Karim Hussain (chef opérateur), ainsi que l’ultra violence omniprésente arrivent tout de même à surélever un moment de cinéma loin d’être horrible, mais sans surprise. La meilleure trouvaille du film reste tout de même la présence de Sean Bean dans le rôle du “mec qui doit se faire tuer”, on ne vous ne fera pas l’affront de vous spoiler le moment, ni la manière. Mais ça vaut le coup d’œil.

Possessor est en compétition au 28e Festival international du film fantastique de Gérardmer et n’a pas encore de date pour la France.

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