[CRITIQUE] Pelikan Blue – Renaissance d’une Europe utopiste (Annecy Festival 2024)

Au lendemain de la chute du mur de Berlin, après une longue séparation bipolaire du monde, tout semble à nouveau possible. La découverte de l’extérieur, que les plus jeunes et les plus audacieux n’ont jamais connue, s’offre à eux. Mais le voyage a un coût, et tout le monde ne peut pas se le permettre. Dans un terrible contexte de guerre froide, résultant du conflit le plus meurtrier, la séparation du monde en deux pour l’Europe de l’Est impacte fortement une jeunesse qui n’a connu que cet horrible rideau de fer. Cette séparation, d’abord idéologique, finit par s’installer physiquement, orientant une partie des États d’Europe vers la fameuse utopie capitaliste américaine tant idéalisée, tandis que l’autre partie se retrouve sous la très forte influence de l’État soviétique communiste. Lorsque ce fameux rideau tombe et offre la possibilité à tous les jeunes de voyager, trois amis se lancent dans un business : fabriquer de faux billets de train en série pour permettre à tout le monde de voyager.

Également en compétition dans la catégorie des longs-métrages Contrechamp, Pelikan Blue, tout droit venu de Hongrie – comme ses personnages – se démarque par la simplicité de ses dessins et l’ajout d’images filmées réelles. À l’image d’un documentaire, il retrace un fragment de l’histoire de la jeunesse hongroise à laquelle le réalisateur László Csáki a participé, ayant lui aussi voyagé après la chute du communisme soviétique avec un faux billet de train. Bien qu’étant un moment crucial de l’histoire de l’Europe et même du monde, la seconde moitié du XXe siècle détient cette double facette. D’un côté, un monde qui se remet difficilement des deux conflits ayant pris des proportions inhumaines, et de l’autre, un monde plein d’espoir et rempli d’optimisme, où l’humanité capture les moments les plus précieux du quotidien et place sur un piédestal la simplicité des vies quotidiennes bercées par l’ouverture du monde.

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Dans cet univers où les sociétés se remettent difficilement, du point de vue économique et politique, de la guerre, la société de consommation explose, les moyens de communication se développent à la vitesse de la lumière et la télévision est présente dans tous les foyers, permettant l’accès à toutes les cultures qui régissent notre monde. Les jeunes Hongrois, ainsi que tous ceux à l’Est du rideau de fer, n’ont qu’une hâte : saisir cette opportunité d’ouverture au monde et donc d’ouverture d’esprit. Le contexte historique est donc crucial pour s’immerger pleinement dans cette œuvre. Csáki peint ses personnages à l’image de ce qu’il a vécu : colorés et pleins d’ambition. Le bonheur s’installe dans cette liberté de voyager, de circuler à la fois physiquement au sein des pays, mais aussi dans sa propre tête ; être libre de penser à un futur où tout est possible.

Pelikan Blue – dont le nom évoque l’encre des billets de train – se distingue parmi les longs-métrages de la sélection grâce à son aspect documentaire, qui lui confère une impression de véracité saisissante. Ce film transcende les générations, touchant non seulement celle qui revit cette nostalgie à travers le récit, mais aussi la suivante, qui la découvre au fil des images filmées et dessinées.

Pelikan Blue, 1h19, de László Csáki, documentaire en animation – Prochainement.

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