[CRITIQUE] Falcon et le Soldat de l’hiver – Du Nouvel Ordre au Trafic d’influence

S01E01 Un nouvel ordre

Dans le sillage du dénouement épique de Wandavision, Falcon et le Soldat de l’Hiver fait son entrée avec son premier épisode, intitulé « Nouvel Ordre Mondial ». La question prédominante demeure de savoir s’il saura suivre la trajectoire triomphale de Wandavision et nous éclairer davantage sur l’univers cinématographique Marvel. D’emblée, cette série laisse entrevoir une certaine fragmentation, et cet épisode inaugural ne parvient pas à ériger une direction claire ou une assise solide. Il aurait été souhaitable qu’un deuxième épisode soit immédiatement disponible, venant compléter l’introduction narrative. Malheureusement, tel n’est pas le cas. Après des années de familiarité avec le modèle de diffusion en style Netflix, où une saison entière est mise à disposition d’un coup, Disney revient à la tradition de la programmation hebdomadaire épisodique.

Cette réorientation vers un rythme de sortie saisonnière, combinée au retour à l’ancien calendrier de diffusion, laisse la série éparse et suspendue, sans réelle continuité. Wandavision avait saisi cette dynamique et nous avait offert deux épisodes de suite, permettant une immersion adéquate dans leur récit. Dans « Nouvel Ordre Mondial », par exemple, Sam/Faucon (Anthony Mackie) et Bucky (Sebastian Stan) ne partagent même pas une seule scène, leurs récits étant entièrement dissociés. Il aurait été nécessaire d’instaurer un élément fédérateur afin de donner une cohérence à la série et de ne pas laisser le spectateur dans l’expectative. Malgré cela, il est probable que la série trouve davantage son harmonie lors d’une rediffusion, une fois tous les épisodes disponibles.

Malgré cette fragmentation, quels sont les fondements posés ici ? Après les événements d’Avengers : Endgame, le monde peine toujours à assimiler le retour soudain de milliards de personnes après le « blip ». Sam œuvre aux côtés de l’Air Force dans diverses missions secrètes, tout en luttant pour se voir confier le bouclier de Captain America. Il est indéniable que cette quête constituera le fil conducteur principal pour Sam tout au long de la saison, explorant les deux facettes de la médaille. Non seulement il considère que Steve Rogers est l’unique détenteur légitime du bouclier et du titre, mais il éprouve également des difficultés à « représenter un pays qui ne le représente pas ». Quant à Bucky, il mène une existence bien plus obscure au sein du « Nouvel Ordre Mondial », cherchant à se racheter dans le cadre de son accord de grâce avec le gouvernement. Cette situation est étouffante pour Bucky, peu habitué à suivre des directives précises. En proie à des tourments intérieurs depuis plus d’un siècle, il sera captivant d’observer l’évolution de son personnage et l’exploration des séquelles laissées par une vie marquée par les traumatismes. Déjà dans cet épisode inaugural, Bucky consulte une psychiatre, le Dr Rayner (Amy Aquino), tentant de délier les nœuds de ses cauchemars. Les strates de culpabilité et de honte ne se dévoileront pas aisément, laissant présager une exploration en profondeur tout au long de la série.

Loin de leurs identités de « superhéros », Sam et Bucky peinent à trouver leur place dans la vie quotidienne. Pour Sam, cela implique de concilier son absence pendant le blip avec les défis auxquels fait face sa sœur Sarah (Adepero Oduye) pour maintenir à flot l’entreprise familiale, littéralement. Quant à Bucky, cette réintégration dans la normalité s’avère probablement plus ardue, n’ayant pas connu de vie ordinaire depuis les années 1940, bien qu’il parvienne à obtenir un rendez-vous avec Leah (Miki Ishikawa). Contre toute attente, ce rendez-vous se déroule sans encombre, jusqu’à ce que les remords concernant le fils de son ami, qu’il a autrefois tué, viennent tout chambouler. Il semble que la route ne sera pas aisée pour l’un comme pour l’autre, entre les défis personnels et la menace imminente qui plane sur eux. À l’instar de Wandavision, cette série promet, espérons-le, une analyse éclairante et approfondie des personnages de l’univers cinématographique Marvel qui n’ont pas toujours bénéficié de la même attention que d’autres.

Bien que cela n’ait pas encore été clairement établi, la grande menace à venir pourrait être incarnée par un groupe terroriste dénommé « Les Flag Smashers ». Ce groupe semble être animé par un idéal anti-nationaliste, ayant préféré la période de vie durant le blip, et nous les voyons ici agir de manière concertée, orchestrant un mouvement de foule pour détourner l’attention lors d’un vol. En leur centre, une figure énigmatique semble détenir une force surhumaine ou des capacités extraordinaires. Selon le nom du groupe, il pourrait s’agir de Karl Morgenthau ou d’un individu similaire, déjà apparu dans les bandes dessinées de Captain America. Tout cela n’en est qu’à ses prémices, et de nombreux éléments doivent encore être élucidés. Une grande partie de cet épisode est consacrée à l’exposition, laissant peu de place à l’action directe. Ce n’est pas nécessairement un défaut à long terme, cela pourrait s’avérer efficace dans le cadre général de la série, mais pour une diffusion épisodique, cela constitue une lacune significative. Cette erreur est d’autant plus surprenante, car elle affecte le rythme qui paraît laborieusement lent.

Néanmoins, ce que nous obtenons ici est intriguant et présage de bonnes choses pour les épisodes à venir. « Nouvel Ordre Mondial » pose les jalons et esquisse la menace principale à venir. Les détails sur la vie quotidienne de nos héros, qui sembleraient anodins dans un film, constituent également un arrière-plan utile et préparent assurément le terrain pour des conflits émotionnels à venir. Bien que ce début puisse sembler laborieux, il porte en lui suffisamment de promesses pour laisser entrevoir un développement intéressant à venir. En ce qui concerne l’écriture et l’intrigue, il y a matière à espérer, même si sur le plan de la mise en scène, des améliorations pourraient être apportées.

S01E02 L’homme à la Bannière étoilée

Après le tâtonnement initial observé la semaine dernière, Falcon et le Soldat de l’Hiver semble désormais avoir trouvé un ancrage plus solide avec la seconde partie de l’épisode 2, intitulée The Star Spangled Man, amorçant ainsi véritablement son récit. L’un des principaux écueils du début de cette série résidait dans son manque de substance, semblant démarrer sans réelle épaisseur, réclamant davantage de temps à l’écran pour son pilote. Il est déconcertant de constater, par exemple, l’absence de toute scène réunissant Sam (Anthony Mackie) et Bucky (Sebastian Stan) la semaine précédente, laissant cette dynamique en suspens de manière déconcertante. Cette lacune aurait pu être aisément comblée en incorporant le premier tiers de l’épisode actuel, ou en libérant simultanément ces deux volets narratifs. Comme mentionné précédemment, une stratégie similaire avait été adoptée avec succès pour Wandavision, cependant, cette fois-ci, une déviation regrettable semble avoir été empruntée.

Le moteur principal de l’intrigue dans The Star Spangled Man demeure l’énigmatique groupe des Flag Smashers, tandis que Torres (Danny Ramirez) manœuvre habilement pour obtenir de Sam les informations essentielles. Cette traque conduit Sam à enquêter sur une opération de contrebande de médicaments à Munich, sous la direction de Karli Morgenthau (Erin Kellyman). Alors que Bucky se présente pour remettre en question Sam au sujet de l’abandon du bouclier, la mission s’engage avec l’appui du nouveau Captain America (Wyatt Russell) et de son acolyte, Battlestar (Clé Bennett). Pourtant, cette entreprise ne constitue que la première véritable mission du nouveau Captain America, John Walker, ayant préalablement consacré un temps considérable à une campagne de relations publiques. Bien qu’il paraisse initialement comme un choix adéquat, son attitude rapidement teintée de narcissisme et d’antagonisme révèle qu’il ne saurait véritablement incarner l’héritage et la philosophie de Captain America, un présage d’avenir sombre pour cette figure.

Le personnage de John Walker, issu des archives de Marvel, initialement connu sous le nom de “Super Patriote”, puis ayant endossé le rôle de Captain America avant de devenir agent des États-Unis, offre une trame familière entrelacée dans le MCU de manière ingénieuse, bien que légèrement modifiée. Cette adaptation soulève les mêmes interrogations que son homologue des bandes dessinées, tout en introduisant de nouveaux enjeux, notamment avec la réapparition d’un ancien compagnon de Bucky, Isaiah (Carl Lumbly). Ces éléments promettent de complexifier davantage les relations entre les protagonistes, mettant en lumière les dilemmes moraux et les cicatrices du passé. L’exploration de la culpabilité, de la moralité et des expériences individuelles s’annonce comme un aspect captivant de Falcon et le Soldat de l’Hiver, offrant un regard éclairant sur les motivations sous-jacentes à leurs actions.

Au cœur de cet épisode, l’interaction entre Sam et Bucky, deux alliés encore peu familiers, dépeint une amitié en gestation teintée d’une certaine hostilité. Cette dynamique donne lieu à des échanges cinglants qui rythment de manière acerbe The Star Spangled Man. Leur aversion commune envers le nouveau Captain America et les interventions du psychiatre Dr. Rayner (Amy Aquino) contribuent à leur conférer des objectifs convergents. En parallèle, l’enquête de Sam lui permet de découvrir de nouvelles facettes du passé de Bucky, étoffant ainsi les dimensions de leur relation.

En somme, il semble que la série soit désormais sur des bases plus solides, corrigeant ainsi les imperfections initiales constatées avec New World Order grâce à The Star Spangled Man. Bien que le chemin à parcourir soit encore long, il apparaît que le prochain épisode sera abordé avec davantage de confiance, permettant une expansion significative de l’intrigue. Cependant, compte tenu de la progression actuelle de l’histoire, la durée de seulement six épisodes peut sembler restrictive, laissant craindre une accélération précipitée des événements. Espérons que cela n’entravera pas le développement adéquat des personnages. Un avenir prometteur semble se dessiner, mais seul le temps nous dira si cette trajectoire ascendante se concrétisera.

S01E03 Trafic d’influence

Alors que Falcon et le Soldat de l’Hiver semble désormais s’engager dans une trajectoire narrative plus définie, il est indéniable que des lacunes persistent, freinant sa potentielle grandeur. L’épisode 3, intitulé “Power Broker”, offre un mélange d’éléments, marqué toutefois par le retour d’un personnage apprécié du public. Si cette nouvelle livraison est riche en séquences d’action dynamiques et en révélations éclairantes sur l’origine des Flag Smashers, une grande partie de son intrigue repose malheureusement sur un vieux trope démodé, qui en diminue la portée. Comme annoncé la semaine précédente, Sam (Anthony Mackie) et Bucky (Sebastian Stan) concluent qu’ils doivent s’entretenir avec leur ancien ennemi, Zemo (Daniel Brühl), seule source potentiellement informée sur l’origine du sérum Super Soldat. Initialement, ce choix scénaristique peut sembler cliché, mais c’est le déroulement ultérieur qui suscite davantage de réticence.

Recourir à un tel trope, aussi ancien soit-il, où la libération de Zemo de sa détention apparaît comme l’unique moyen d’obtenir des informations, laisse une impression décevante. Ce schéma narratif, bien que récurrent, se révèle peu convaincant et semble toujours être présenté comme une ultime solution, alors que d’autres alternatives pourraient être envisagées. Cette fois-ci, la solution semble être adoptée de manière prompte et efficace, propulsant nos protagonistes dans une ville-État notoire, Madripoor, ancien repaire de pirates désormais gangrené par le crime. Dirigée par le mystérieux “Power Broker”, Madripoor représente un environnement périlleux, nécessitant que Sam, Zemo et Bucky adoptent des identités camouflées, bien que Sam soit le seul à jouer un rôle totalement différent. Malgré l’aspect prévisible de leur entreprise, elle engendre une série de péripéties, où l’intervention inattendue de Sharon Carter (Emily VanCamp) se révèle salvatrice. Ils parviennent également à obtenir le nom du scientifique responsable du sérum, le Dr Wilfred Nagel (Olli Haaskivi), déclenchant ainsi une intense séquence d’action visant à mettre la main sur les informations désirées. Cette traque conduit à la révélation que Karli Morgenthau (Erin Kellyman) et ses Flag Smashers ont volé vingt doses du sérum, créant ainsi leur propre équipe de super-soldats. Cette partie de l’épisode, bien rythmée, met en valeur le talent de Sharon, soulignant son rôle crucial dans cette intrigue. Des indices suggèrent par ailleurs que son implication à Madripoor pourrait cacher davantage qu’il n’y paraît, laissant entrevoir la possibilité qu’elle soit le “Power Broker”. Le retour de Zemo et Sharon Carter offre ainsi une continuation cohérente des événements de Captain America : Civil War, comblant certains vides narratifs laissés en suspens. Il est en effet grand temps que le sort de Sharon soit clarifié, elle qui a vécu dans l’ombre depuis plusieurs années, sans protection ni reconnaissance, contrairement à d’autres figures ayant été réhabilitées. Cette omission de la part du MCU est enfin abordée, contribuant à rétablir un certain équilibre dans l’univers narratif.

Parallèlement, d’autres personnages voient leurs arcs se développer, notamment Karli et son équipe, qui continuent leurs actions de plus en plus radicales en volant une nouvelle base militaire. Leur transition de “justiciers” à antagonistes est soulignée par des actes de violence inattendus, écornant leur image de “Robin des Bois” modernes. De même, le faux-Captain America (Wyatt Russell) et Battlestar (Clé Bennett) poursuivent leur enquête sur les Flag Smashers, les positionnant comme des figures polarisantes, se mouvant dans une zone morale ambiguë. Le défi pour la série réside désormais dans la distinction entre ces différentes nuances morales, alors même que nos “héros” s’aventurent dans cette même zone grise. L’introduction d’Ayo de la Dora Milaje (Florence Kasumba) pourrait potentiellement exacerber ces tensions, les Wakandais désapprouvant certaines actions de Sam et Bucky.

Dans l’ensemble, cet épisode présente un intérêt indéniable, malgré quelques tropes narratifs prévisibles et communs. Il semble néanmoins jouer le rôle d’un épisode de transition, sans offrir une conclusion satisfaisante en soi, donnant ainsi l’impression d’être la première partie d’un tout. Ce schéma récurrent dans la série aurait pu être atténué par une diffusion simultanée de tous les épisodes ou par leur regroupement en paires, facilitant ainsi la progression narrative. Néanmoins, cette livraison demeure plus satisfaisante que les deux premiers épisodes, offrant des éléments de progression appréciables.

Falcon et le Soldat de l’hiver de Malcolm Spellman, 3 x 45 minutes, avec Anthony Mackie, Sebastian Stan, Wyatt Russell – Disponible sur Disney+

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