Bob l’éponge, tout comme d’innombrables autres dessins animés télévisés, a eu le droit à au moins un film sur grand écran. Dessin animé créé par Stephen Hillenburg en 1999, Bob l’éponge s’est vite vu adapté en film, par son créateur, avec le sobrement appelé Bob l’éponge : le film sorti en 2004. L’œuvre est devenue instantanément culte pour toute une génération tant elle respire de scènes cultes, d’idées. La chanson « Glouton Barjo » en est un excellent exemple. Malgré un succès critique satisfaisant et un résultat au box-office plus que correct, il faudra attendre 10 ans pour revoir notre héros sur grand écran.

Bob l’éponge : un héros sort de l’eau à su nous faire attendre avec la (terrible) promesse de faire entrer nos héros dans la réalité. Réalisé par Paul Tibbitt et Mike Mitchell (Les Trolls, Shrek 4, Alvin et les Chipmunks), cette nouvelle adaptation était très différente du premier film. Beaucoup plus méta, moins entraînant, un héros sort de l’eau fut un réel plantage critique et même conceptuel. Les héros ne sortent de l’eau qu’à partir du climax afin de vaincre le méchant cabotineur Antonio Piratos Banderas, ce qui a déçu beaucoup de gens étant donné que la bande-annonce était composée exclusivement de ces scènes en « extérieur ».

Un premier film extrêmement divertissant et un deuxième film terriblement décevant, lors de l’annonce d’un troisième film, on pouvait être heureux comme anxieux. Disponible sur Netflix depuis le 5 Novembre 2020, que vaut ce Bob l’éponge : éponge en eaux troubles ?

Synopsis : Suite à l’escargotnapping de Gary, son compagnon de toujours, Bob entraîne Patrick dans une folle aventure vers la Cité Perdue d’Atlantic City afin de le retrouver. A travers cette mission sauvetage pleine de surprises, de merveilles et de dangers, Bob l’Éponge et ses acolytes vont réaliser que rien n’est plus fort que le pouvoir de l’amitié.

Un message d’amitié bien trop encombrant 

Bob l’éponge : éponge en eaux troubles cherche sans nul doute à séduire un nouveau public, objectif qui se remarque dès l’introduction en exposant l’univers et les personnages de manière assez maladroite, vulgaire. L’écriture infantile peut repousser les fans cherchant une aventure originale de notre chère éponge et ce, durant tout le long-métrage. Tim Hill, Jonathan Aibel, Gleen Berger et Mickael Kvamme souhaitent, au travers de l’écriture, envoyer un message d’amitié à nos jeunes bambins. Idée plutôt appréciable et commune dans ce genre de film d’animation mais qui, au fil du récit, va s’avérer de plus en plus lourde, barbante surtout lorsqu’au travers d’une scène de procès, Tim Hill va nous garantir une succession de flashbacks d’exposition recontextualisant la rencontre entre Bob L’éponge et les autres. Séquences indéniablement inutiles au sein du récit, ralentissant un rythme jusque-là ultra-rapide et qui nous gratifieront de plusieurs soupirs (de regret, de frustration, de gêne).

Outre cette séquence, Patrick est le fil conducteur de ce message. Uniquement caractérisé par celui-ci, le personnage n’en devient pas moins invisible, oublié tout comme les autres personnages de l’univers hormis Bob L’éponge, Gary et.. Keanu Reeves.

Pour qui est destiné le film ? Les fans ou un nouveau public ?

On a vu Keanu Reeves dans la bande-annonce, cependant, on ne pensait sûrement pas qu’il allait intervenir durant tout le long-métrage. Véritable coup marketing, Keanu Reeves et sa popularité (re)devenue grandissante se sont transformés en une forme de “running-gag” au sein de la culture populaire. Que ce soit des apparitions dans des jeux vidéo (Cyberpunk), des caméos dans divers films/séries ou diverses punchlines notifiant l’aura de l’acteur dans X films méta (Deadpool, Lego Batman, etc.), faire intervenir Keanu Reeves dans un film peut être vendeur tant celui-ci est bankable. Cela dit, il est vendeur auprès des (jeunes ?) adultes, les enfants ne le connaissent pas. Un simple clin d’oeil n’aurait pas fait de mal au récit, mais il est plus qu’important au sein du long-métrage puisqu’il est la représentation physique du Deus ex maquina (Personnage, évènement dont l’intervention peu vraisemblable apporte un dénouement inespéré à une situation sans issue ou tragique). Il intervient pour guider nos héros, les sortir de situations périlleuses, c’est même grâce à lui (dans un moment plus que ridicule) que Bob L’éponge arrive à “vaincre” l’antagoniste en fin de film. Les incrustations sont laides, les interventions absurdes et l’écriture extrêmement faignante.

“Vous êtes les pires héros auxquels j’ai pu servir de guide spirituel” 

SAGE, Keanu Reeves

Tim Hill, dans son envie de séduire les enfants, va bien évidemment nous gratifier d’une scène de saloon complètement hallucinée où nos héros vont (re)rencontrer le “monde réel”. Première péripétie de ce Bob l’éponge : Éponge en eaux troubles reprenant succinctement le concept du Bob l’éponge : un héros sort de l’eau, nous sommes dès le début du récit propulsé dans une pause scénaristique, un moment ne cherchant aucune cohérence au profit du “fun”, du marketing. En effet, Bob et Patrick, sont propulsés dans un “rêve” (même cette idée n’est pas claire) où ils vont devoir affronter un Cow Boy Mexicain surnommé El Diablo, joué par Danny Trejo, ainsi que Snoop Dogg joué par… Snoop Dogg. Cette séquence, bien que divertissante, ne sert qu’à vendre la bande originale du film. Il s’agit d’un clip show montrant Snoop Dogg qui chante autour de zombies qui dansent…

Snoop Dogg dans la représentation visuelle de son nouveau cachet.

À côté de ces délires, le film enchaîne divers gags visuels maîtrisés au style “cartoon” durant lesquels les personnages vont faire des chutes dignes d’un Tex Avery ou de Buster Keaton. Il va également réussir à caser une musique originale s’intitulant “le secret de cette recette c’est toi” qui ne réussit pas à convaincre, surtout si on la compare à “Glouton Barjo”, la musique originale du premier film.

Au final, c’est divertissant, non ?  

Même si Bob l’éponge : Éponge en eaux troubles n’arrive pas cibler son public, il n’en est pas moins divertissant. Le côté absurde et décomplexé du long-métrage nous annonce dès les premières minutes que ce qui va suivre n’aura aucun sens. De fait, chercher une certaine cohérence paraît ridicule face à toutes les idées (bonnes comme mauvaises) que l’oeuvre nue propose. Au final, en résulte un film qui essaye de combler comme il le peut un scénario qui tient sur un épisode de la série télévisée, avec beaucoup de maladresse mais également un brin de “fun” nous permettant de passer un moment amusant bien que dénué de sens. 

Bob l’éponge : Éponge en eaux troubles est disponible sur Netflix.

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